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THE AMERICAN

Un film de Anton Corbijn

En sursis

Alors qu'il effectue une promenade, avec une femme qu'il aime, au bord d'un lac gelé de Suède, Jack doit faire face à l'embuscade tendue par un tireur d'élite. Démasqué, il doit alors abattre la belle, avant de s'enfuir pour l'Italie, où grâce à l'aide d'un ancien commanditaire, il trouve refuge dans un village isolé des Abruzzes. Mais celui-ci lui demande d'accepter une dernière mission...

Après avoir créé la surprise avec son premier film, « Control » (caméra d'or à Cannes en 2007), film noir et blanc au graphisme impeccable, traitant du destin tragique de Ian Curtis, chanteur de Joy Division, Anton Corbijn nous revient avec un second long métrage qui risque fort de diviser, mais dont l'ambiance crépusculaire marque le spectateur pendant un certain temps. Dès la scène d'ouverture, trop bucolique pour être vraie, le réalisateur prend le parti d'une tension latente prenant le pas sur une réelle « action ». Dans les neiges de Suède, son héros, fatigué mais résolu à sauver sa peau, quitte à sacrifier ses rares liens avec le monde réel, nous la joue James Bond, habile, félin et précis.

Une fois arrivé en Italie, c'est à la peinture du destin en creux, d'un homme qui se sait en sursis, mais qui espère toujours trouver une autre voie, que le spectateur va assister. Le lieu, symbole parfait de l'isolement et de l'austérité, entre soleil et calme apparent, sied à merveille à l'état d'esprit de cet homme, potentiellement traqué, aspirant au repos, au travers d'une solitude forcée. A mesure qu'il rencontre des gens, du prêtre (certes caricatural), à la prostituée, sa carapace va se fissurer. Et George Clooney excelle à ce petit jeu, laissant apparaître derrière le visage fermé de cet homme fuyant, dont la méfiance est devenue la personnalité, un trou béant à l'âme, fait d'une implacable solitude.

Le scénario, tout en finesse, de « The american » se nourrit des contradictions de ce personnage, dont l'espoir teint de naïveté vient contrecarrer la froideur apparente. Loin des clichés sur l'Italie d'un « Mange, prie, aime », les plans du village à moitié désert, comme ceux des paysages arides environnants, magnifiquement cadrés par un réalisateur qui n'a rien perdu de ses talents de photographe, renforcent la sensation d'isolement d'un personnage qui se sait piégé, mais qui choisit de croire en un avenir possible. Malgré une histoire sans réelle surprise, ce lent chant du cygne séduit par son faux rythme, sa musique lancinante et s'avère, au final, tout naturellement déchirant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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