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AGUA

Un film de
Avec

Une plongée dans l'âme de deux nageurs

Oubliez tous les "films de sport" que vous avez vus! A mille et une lieues des clichés américains (triomphe, gloire, etc), Verónica Chen nous entraîne au contraire dans les antres de deux nageurs en explorant leurs doutes et leurs souffrances existentielles. L'un, Goyo, est déchu et a du mal à se relever, l'autre, Chino, n'arrive pas à trouver ce qui peut le faire avancer. Tous deux sont sur de mauvaises pistes qui leur pourrissent la vie! Chen montre leur incapacité à communiquer (même avec ceux qui les aiment) en limitant les mots, et elle illustre leur aliénation, leur concentration et leurs sacrifices en se focalisant régulièrement sur des plongées contemplatives en leur compagnie, entre rivère et piscine.

La récurrence des plans sous-marins (notamment en travelling) et la combinaison avec un travail poussé sur la résonnance du son donnent au film un côté intimiste émouvant, nous entraînant à l'intérieur des sensations des protagonistes. Le résultat visuel est impressionant, digne d'un travail de plasticien, allant jusqu'à une beauté expérimentale à tendance abstraite, qui joue sur la suspension du temps et sur les reflets avec une majesté inédite. L'image et le son nous font presque suffoquer par moment, avec encore plus de réussite que le Grand bleu de Besson, film avec lequel Agua partage un thème (deux personnes qui fuient leur réalité à travers l'eau) mais pas du tout le même style ni le même résultat.

« Le monde réel... comment franchir le pont qui nous y mène?» se demandera finalement Chino. Ce film quasi organique est en tout cas un vrai bijou dans sa capacité à transmettre par la fiction des impressions réelles. Son principal point faible est peut-être une lenteur qui parfois ennuie, notamment dans la mise en place quelque peu laborieuse de l'histoire.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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