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LES 3 FRÈRES, LE RETOUR

Des retrouvailles inutiles

Quinze ans après, Didier, Bernard et Pascal sont à nouveau réunis pour récupérer les cendres de leur mère et pour régler un petit reliquat à propos de leur héritage. Mais les situations imprévues vont s’enchaîner une à une, les provoquant à nouveau dans la même situation qu’avant…

C’était prévisible. On les attendait depuis si longtemps qu’il était impossible de ne pas être déçu. On avait beau continuer d’y croire, en se disant qu’il était impossible que ces trois génies de la comédie, véritables visionnaires qui ont passé l’intégralité de l’Hexagone (société, médias, termes, métiers…) au pilori de l’humour corrosif pendant tant d’années, ne puissent pas effectuer leur come-back avec une pêche monstrueuse et des kilotonnes de nouveaux gags. Bref, l’anti-"Bronzés 3", en somme. Mais à l’arrivée, les craintes se sont avérées bel et bien exactes : sans forcément ressembler à un coup marketing plus ou moins forcé, ces retrouvailles avec les Inconnus ne sont qu’une pâle redite de tout ce qui avait fait leurs succès d’antan.

Avec le recul, on peut facilement identifier une raison à cela. Si "Les Trois frères" avait fait l’effet d’un choc dans la comédie française, c’est autant par le regard corrosif et méchant posé par les Inconnus sur la société française (là-dessus, rien à redire, ils sont insurpassables) que par leur aptitude à avoir su reprendre le concept de leurs sketches les plus mythiques au sein d’une structure narrative de long-métrage (par exemple, la scène du notaire déclinait brillamment le contenu du sketch « Les langages »). Or, durant ces seize ans d’absence, pas un seul sketch en commun n’avait été concocté. Rien d’étonnant à ce que cette suite se contente alors de reproduire quasiment à l’identique la narration du premier volet et la totalité de ses situations : la visite chez le notaire, l’explosion de leurs modes de vie, la précarité, les quiproquos à base de travestissement, le plateau télévisé qui part en sucette, le faux happy end porteur de nouvelles galères, etc… Même sur la caractérisation des personnages, le spectre des "Bronzés 3" revient en force : Bernard est un acteur à la ramasse qui loge dans une caravane pourrie, Didier vit avec une vieille dont la mère s’apprête à mourir (et donc, à laisser derrière elle un juteux héritage) et Pascal est ici un frimeur devenu le jouet sexuel d’une couguar richissime. Tout pareil qu’avant, mais en pire.

Devenus les caricatures de ce qu’ils incarnaient tellement bien dans le premier film, les trois acteurs n’ont même pas donné l’impression d’avoir voulu apporter de la nouveauté. Et pourtant, étant donné que l’époque a changé et que bien des galères sont arrivées depuis seize ans (ne serait-ce que la crise économique), il y avait de quoi faire. C’est heureusement la présence d’une jeune banlieusarde, dotée d’un franc-parler ravageur et ancrée dans un contexte bien contemporain (notamment la drogue), qui leur permet in extremis de sauver le film : la jeune Sofia Lasaffre leur chipe constamment la vedette en déployant une énergie démentielle qui contraste cruellement avec celle, hélas au point mort, des trois stars qui l’entourent. Autre souci : l’absence de rythme dans la mise en scène (hormis lors d’une scène assez poilante chez un Daniel Russo plus beauf que jamais) peine à compenser le fait que l’on devine trop facilement où chaque scène va nous amener. Pour l’effet de surprise, les Inconnus ont donc pris un train de retard, au point d’apparaître aujourd’hui un peu dépassés à l’occasion de leur grand retour. Il n’empêche qu’on les adore, que l’on continuera encore à les adorer pour ce qu’ils ont pu apporter, et que c’est hélas pour cette raison précise que subir une redite pareille nous laisse au final un arrière-goût de chewing-gum remâché dans la bouche.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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