Parce qu'on en a jamais assez !

INTERVIEW

3 FRÈRES, LE RETOUR (LES)

Ils nous avaient tellement manqué, il était impossible de passer à côté d’un tel événement : une rencontre avec les Inconnus ! La conférence de presse organisée pour la presse lyonnaise fut certes assez courte (en raison d’un planning très serré pour les trois réalisateurs), mais …

© Wild Bunch Distribution

Ils nous avaient tellement manqué, il était impossible de passer à côté d’un tel événement : une rencontre avec les Inconnus ! La conférence de presse organisée pour la presse lyonnaise fut certes assez courte (en raison d’un planning très serré pour les trois réalisateurs), mais le simple fait de les rencontrer en personne, de les voir réunis après tant d’années d’absence, de les découvrir tels qu’on les imaginait (à savoir touchants et incroyablement déconneurs), aura suffi à faire notre bonheur.

Journaliste : Cela fut-il compliqué pour tous les trois de reprendre ces personnages-là après tant d’années ?

Bernard Campan : Ce qui était compliqué au départ, c’était de trouver la « suite ». Mais une fois que nous l’avons trouvée, ce fut un vrai plaisir de retrouver ces personnages et de les réinterpréter à nouveau. Cela dit, cela représentait plutôt l’aspect récréatif sur ce projet.

Didier Bourdon : C’est comme le vélo, on a vite fait de retrouver ses marques ! (rires)

Journaliste : Entre vous trois, comment s’est faite la répartition à la fois sur l’écriture du scénario et sur la mise en scène ?

Bernard Campan : Dès le départ, lorsque nous nous sommes retrouvés, Pascal avait émis le souhait d’être un peu plus présent à la réalisation. Mais il l’a également été dans l’écriture : nous avons fouillé pas mal d’idées avec Didier, et vers la fin, lorsque les dialogues arrivaient, on les envoyait à Pascal et il nous donnait des indications, des petites notes…

Pascal Légitimus : En tout cas, nous étions présents tous les trois sur l’ensemble des phases de fabrication de ce « nouveau bébé ». Et il était important que nous soyons soudés et impliqués, car cela nécessite beaucoup d’énergie. Il fallait à tout prix revenir avec cette énergie, à la fois humainement et artistiquement, parce qu’il y a une vraie attente autour de ce film.

Journaliste : Au début, on a l’impression que les aventures du premier volet n’ont rien apporté aux trois frères, comme si c’était une suite sans en être réellement une. Comment l’expliquez-vous ?

Didier Bourdon : C’était l’objectif. D’abord, on a écrit le scénario de telle sorte que ceux qui n’auraient pas vu le premier film puissent rentrer dans le deuxième sans le moindre souci. Ensuite, l’intérêt de l’écriture de ce second volet résidait dans le fait que les personnages pensent avoir vraiment mûri et changé, alors qu’ils sont en réalité toujours les mêmes, voire encore plus pathétiques qu’avant. Et c’est ça qui nous semblait savoureux. Cela faisait partie de nos envies, tout comme les sous-intrigues autour de la jeune fille. À un moment, le personnage de Bernard lui dit : « T’en fais pas, j’ai mûri ». Et elle reste effarée de voir son père habiter dans une précarité pareille.

Journaliste : Est-ce que le projet de départ, sensé vous réunir tous les trois, était conçu depuis le début comme étant une suite des "Trois frères" ? N’aviez-vous pas cherché au départ une autre idée pour ces retrouvailles sur grand écran ?

Pascal Légitimus : Au départ, nous étions partis pour faire un spectacle. Et puis, au cours d’une réflexion commune, Didier nous a convaincus qu’il fallait faire un film, parce que c’est beaucoup plus complexe, ne serait-ce qu’en termes d’industrie et de financement.

Didier Bourdon : C’est vrai qu’au début, l’idée des trois personnages réunis était déjà là. Mais on s’est vite rendus compte, vu l’énergie qu’il existe entre nous trois, qu’il fallait que ce soit à nouveau « les trois frères ». Et on voulait aussi que ça se passe en France. Au départ, on avait envisagé de faire une partie de l’intrigue en Espagne, mais cela nous aurait coupé de notre humour, qui est tout de même ancré dans du contemporain français (la crise, les émissions de télé, la précarité, les banques, etc.). On a commencé à travailler sur une suite en se basant sur le fait que ces seize ans de différence pouvaient devenir un atout. Et en effet, cela nous a permis d’introduire un personnage d’adolescente qui parle de drogue et de responsabilités. Tout cela s’est fait très lentement et il y a eu souvent des moments de doute, mais une fois mis d’accord, nous avons « ouvert le chantier ».

Journaliste : L’idée d’un retour sur scène est-elle d’actualité ?

Pascal Légitimus : Beaucoup de gens nous posent la question ! (rires) Pour l’instant, on est concentrés sur la sortie du film, donc on y pense sans y penser. Ce qui est certain, c’est d’abord que ça ne se fera pas tout de suite, et ensuite qu’il n’est pas question que nous fassions de la télévision.

Journaliste : On retrouve beaucoup de clins d’œil et de références aux gags du premier film. Comment avez-vous géré cet aspect-là sans essayer de tomber dans la redite ?

Bernard Campan : On s’est rendus compte assez vite qu’en reprenant ces personnages un peu tels qu’ils étaient au début du premier film (à savoir qu’ils n’ont pas une folle envie d’être ensemble), nous étions déjà très proches du premier film. On s’est donc posé la question très en amont pour gérer ces similitudes. Mais nous avons assumé ça assez vite, d’abord parce que ces gags nous faisaient marrer, et ensuite parce qu’on se disait que ce n’était pas un hasard. Peut-être que la suite des "Trois frères", ça devait être justement les mêmes personnages qui retombent dans les mêmes travers.

Pascal Légitimus : Ils sont restés de grands enfants, toujours très naïfs et en carence affective. Le fait que les personnages soient « dans le bas » est très intéressant dans une comédie… Par ailleurs, j’avais émis un souhait autour de mon personnage. Dans le premier film, étant donné que la question de la sexualité n’était pas très claire chez lui, je me disais qu’il pourrait être homosexuel.

Bernard Campan : Ah ça, t’aurais voulu, hein ? (fou rire général)

Pascal Légitimus : C’était une piste, en tout cas… Mais on a préféré aller sur l’idée d’une relation avec une cougar, parce que c’était dans l’air du temps ! (rires)

Journaliste : Outre les similitudes avec le premier film, il y a aussi une structure narrative qui est assez ressemblante. Etait-ce votre volonté de garder ce qui avait fait le succès du premier film ?

Bernard Campan : Non, il ne s’agissait pas de reproduire la même recette en pensant au succès du premier film. D’ailleurs, cela nous a fait un peu peur au départ : on se demandait vraiment si ça n’allait pas nuire au film lui-même. Ce qui nous a finalement rassurés, c’était l’idée des cendres de la mère, cette idée que ce soit à nouveau la mère qui les réunisse. Du coup, nous sommes tombés dans cette histoire qui est effectivement très proche.

Didier Bourdon : Je pense aussi qu’il y a malgré tout un sous-texte qui est fort là-dedans. Au début, leur réunion est faite à propos de la mère et non de l’argent. La somme n’est pas très importante, dans le fond. Ce qui compte, c’est qu’il y ait un prétexte pour se retrouver, qu’il y ait un moyen d’exister à travers la confrontation.

Pascal Légitimus : On se sent beaucoup plus vivants en contact les uns avec les autres.

Didier Bourdon : Et comme nos vies sont nulles… (rires) Là où on le ressent le plus, d’ailleurs, c’est chez Pascal dans sa relation avec la cougar. Quand il vide son sac sans s’apercevoir qu’elle l’écoute, on sent qu’il n’aurait pas pu dire une chose pareille à cette femme, et peu après, quand il dit dans la caravane « On n’aurait jamais dû se retrouver tous les trois », on sent quand même qu’il est content. (rires)

Journaliste : Vous êtes les seuls artistes à avoir gagné le Molière, le César, le 7 d’Or et la Victoire de la Musique…

Pascal Légitimus : Et le grand prix de la SACEM, aussi ! (rires) Et aussi le prix du public du Film Français. (rires) Et les meilleures ventes VHS et DVD… N° 1 au Top 50 aussi… (rires)

Journaliste : Dans quel médium prenez-vous le plus de plaisir, finalement ?

Didier Bourdon : Celui du moment. Le théâtre, nous l’avons abandonné à partir du moment où nous voulions changer un peu d’écriture. La télévision, c’était nouveau et très sympa, même si notre producteur de l’époque n’y croyait pas. Et à l’intérieur de la télévision, nous avions même fini par écrire des chansons.

Pascal Légitimus : En fait, c’est le mode d’expression qui change. L’envie est toujours la même, mais on change de forme, ce qui est assez jouissif. Le plus fort, c’est qu’on ne sait même pas encore ce que l’on fera après. Ce qu’il faut savoir, c’est que nous n’abordons jamais une forme que l’on ne connait pas.

Didier Bourdon : Cela dit, parmi les nouveaux médiums, Internet n’est pas inintéressant.

Journaliste : Justement, quel est votre rapport avec des comiques comme Cyprien ou Norman ?

Didier Bourdon : Eh bien, ça a été une demande réciproque. Pour l’émission de télé sur France 2, nous avons envisagé de faire quelque chose d’un peu marrant. Pas des sketches que nous aurions écrits (parce qu’on n’avait pas le temps de le faire), mais plutôt formuler cette requête à des jeunes que l’on aimait bien. On s’est rendus compte que ça marchait bien. Norman, on l’a vu deux ou trois fois. Idem pour Palmashow, qui nous avait proposé un premier sketch sur les gendarmes, mais qui ressemblait un peu trop à l’un de nos sketches… Mais Internet est intéressant, cela nous permet de faire des sketches un peu plus éphémères, et on ne sait jamais si ça va marcher ou pas.

Journaliste : Et cela pourrait aussi vous permettre de toucher une génération plus jeune…

Pascal Légitimus : On l’a déjà touchée, la jeune génération… Et c’est grâce à vous, en fait. Je ne sais pas quel âge vous avez tous ici, mais vous nous semblez être dans la bonne moyenne. Il faut aussi dire que ce sont les parents, les DVD et les passages télé qui ont fait la transmission. On a récolté plus de trois cent cinquante millions de vues en dix ans sur tous nos sketches. C’est énorme. On a pris conscience que les jeunes qui ne regardent pas beaucoup la télé restaient concentrés sur le web. Du coup, on s’est connectés dessus, ce qui nous permet de communiquer avec vous. On a créé notre site (www.lesinconnus.fr) sur lequel on a tout mis, aussi bien nos sketches que quelques petites surprises. Pour nous, c’est un moyen d’exister et de s’amuser.

Journaliste : La jeune actrice du film, Sofia Lesaffre, est vraiment époustouflante...

Didier Bourdon : Oh oui. Il y avait deux candidates au départ. On a fait un essai sur la scène de la fin, et la première comédienne était très bien, mais cependant un peu trop mûre. Sofia avait au contraire un petit côté « bébé », on sentait chez elle que les sentiments ont du mal à sortir de sa bouche. Et elle paraissait parfois bien plus mûre que les trois hommes qu’elle côtoie, il faut bien l’avouer ! Humainement, elle est formidable, et surtout, sur le tournage, elle était imprévisible, on se demandait sans cesse ce qu’elle allait nous sortir.

Journaliste : Parlez-nous de vos retrouvailles personnelles, étant donné que vous aviez tous les trois fait des carrières en solo depuis seize ans.

Didier Bourdon : En fait, ce n’était pas exactement seize ans, parce qu’il y a eu "Les Rois Mages" au milieu…

Bernard Campan : Cela fait trente-quatre ans que l’on se connait. C’est une vie dans une vie… Donc, voilà, un petit arrêt de onze ans, ce n’est pas si énorme que cela.

Journaliste : On sent aussi une jubilation chez vous à retrouver ce qui faisait l’humour des Inconnus.

Didier Bourdon : Ah oui, absolument. D’ailleurs, le fait d’appartenir à un groupe aussi populaire et reconnu par tout le monde, cela nous prouve qu’il y a du talent, c’est certain, mais qu’il y a aussi une grande part de chance là-dedans. Il faut donc en profiter.

Journaliste : Et quel est le pourcentage de chance, exactement ?

Didier Bourdon : Eh bien, je ne sais pas… Le hasard ou la providence ! (rires)

Pascal Légitimus : C’est le destin, c’est chimique, il y a des choses qui ne s’expliquent pas. Nous, on essaie d’en profiter autant que possible.

Journaliste : Et concernant vos retrouvailles, est-ce qu’à un moment donné, vu la popularité et le désir qu’avait le public de vous retrouver, vous n’avez pas envisagé de changer le nom du groupe ? Quelque chose comme « Les (plus tellement) Inconnus », par exemple ?

Pascal Légitimus : Non, ça aurait été risqué.

Didier Bourdon : On a eu envie de s’appeler « Jesus loves you », mais c’était mal vu ! (rires)

Pascal Légitimus : Et puis, « Les Inconnus », c’est bien, c’est un clin d’œil. Comme « Les Nuls ».

Journaliste : D’ailleurs, ce nom, vous n’aviez plus le droit de l’utiliser à un moment donné ?

Pascal Légitimus : Non, ce sont en réalité des bruits qui couraient.

Didier Bourdon : Le problème venait du fait que l’on avait signé pour trois films au cinéma, avec notamment Claude Berri qui nous a quittés depuis. Dans le cas de ce nouveau film, on a été épaulés par Philippe Godeau qui était une sorte de « nouveau Claude Berri ». C’était important pour nous.

Anthony REVOIR Envoyer un message au rédacteur

À LIRE ÉGALEMENT