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CANNES 2009 - Une persistante quête de racines

Autre thème récurrent de cette édition du Festival de Cannes 2009, la recherche de racines inconnues, oubliées ou parfois simplement mises de coté par commodité, fut au cœur de nombreux films.

Dans « Adieu Gary » (sortie le 22 juillet), deux jeunes adultes, nés d'un mariage mixte, clament qu'ils veulent retourner au bled, un lieu qu'ils ne connaissent même pas. Un paradoxe que ne manque pas de souligner le personnage de Jean Pierre Bacri, et qui s'avère significatif d'un besoin d'identité inhérent à tout être humain, autant que du fantasme d'un ailleurs plus favorable. C'est un peu la même recherche de racines qui inconsciemment anime le héros d' « Un prophète » de Jacques Audiard. Tahar Rahim incarne avec brio un détenu d'origine maghrébine, qui se lie malgré lui avec un gang de mafieux corses. Athée, il s'arrangera peu à peu des pressions initiales pour devenir l'un des leurs, jusqu'à apprendre innocemment le dialecte, et même adopter un certain mimétisme physique. Mais cela fait-il de lui un Corse pour autant ? Peut-on adopter une culture ?

C'est ce que vont essayer de faire la mère palestinienne et son fils dans « Amerrika » (sortie le 17 juin), après leur départ précipité pour les Etats Unis. Une tentative difficile de laisser ses racines derrière soi, surtout dans une Amérique post-11 septembre dont toutes le composantes humaines ne cessent de vous rappeler votre nature d'immigré potentiellement dangereux. Entre ouverture forcée et désir naturel de repli communautaire, le choix sera difficile. D'autant que les rancœurs sont tenaces et peu aisées à surmonter. L'ouverture de « The time that remains » d'Elia Suleiman (sortie le 12 août) est assez édifiante de ce point de vue, l'auteur provoquant un orage divin sur un taxi conduit par un israélien, lui faisant ainsi perdre sa route et tout sens de l'orientation. Ne plus savoir quel est son pays, se voir nier ses racines, envahies par d'autres, méprisées jusque dans le quotidien, voilà le propos d'un auteur malin, qui utilise avec élégance l'humour pour faire passer son message politique et ici son hommage filial.

La poésie peut donc aider à forcer le respect face à ceux qui nient notre identité. Et celui qui en fit usage de manière certes touchante mais un peu trop ludique, est certainement le réalisateur japonais Kore-Eda. Dans « Air Doll », il met en scène une poupée gonflable qui devient peu à peu humaine, mais souffre de l'absence de racines. D'expériences érotiques avec jolies paraboles sur le souffle de vie, en rencontre avec son créateur, son errance ne lui fournira pas plus de réponse qu'à un autre être humain. Peut-être alors que si c'est toujours le libre arbitre qui fait l'être, la nécessité des racines est finalement toute relative.

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Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur