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CANNES 2006 - Le deuil d’une certaine vie

Dans « Selon Charlie » (en salles le 23 août), Nicole Garcia nous propose avec toute la tendresse et la bienveillance qui caractérise ses films, un ensemble de portraits d’hommes (Lindon, Bacri, Poelvoorde, Magimel…), aux vies intimement ou ponctuellement mêlées. De secrets en sous entendus, elle tisse avec minutie une toile de mystère autour des relations passées et présentes relatives à leurs vies familiales et professionnelles. Ainsi, elle nous parle à la fois du renoncement à la réussite, et de la relativisation voire de l’extinction de l’ambition personnelle ou professionnelle. Dans son film, chacun doit faire des choix, avec douleur ou libération, en cessant finalement de fuir.

Ce n’est pas le cas d’André (Thibault Vinçon), personnage principal du film d’Emmanuel Bourdieu, « Les amitiés maléfiques ». Mis face à ses contradictions, et aussi brillant soit-il, l’homme peut ainsi renier ses propres échecs, les cacher au point de trahir ses amis et ses propres valeurs. Le deuil est ici forcé par un événement extérieur, l’échec, qui n’offre aucune autre alternative. Sur un autre plan, la situation est partiellement identique dans « Le vent se lève » de Ken Loach, œuvre traitant de soulèvements en Irlande au début du XXème siècle. Le personnage interprété par Cillian Murphy s’y retrouve forcé de commettre l’impensable (ici abattre un homme voire un ami), au nom d’une cause qu’il espère valable. Mais certaines personnes abandonnent peut être trop facilement les utopies généreuses aux intérêts marchands. Réalisme ou simple trahison, la victoire prend forcément un goût amer, contraignant les plus ambitieux à faire le deuil de leur illusions.

Pendant que certains renonçaient à leur carrière ou à leurs idéaux, d’autres devaient faire le choix de rayer de leur vie, un amour passé aux relents parfois omniprésents. Avec « Les climats », Nuri Bilge Ceylan, réalisateur du remarqué « Uzak » donne ainsi à voir les dernières heures d’un couple. Partis en vacances pour se ressourcer, cette homme et cette femme peinent à communiquer et finissent par se déchirer. A l’aide de cadrages d’une maîtrise et d’une beauté confondantes, le metteur en scène marque un contraste fort entre paysages sublimes et sentiments en état d’hibernation. Et il pose surtout la question de la possibilité d’une relance d’une relation amoureuse, pour de bonnes ou parfois mauvaises raisons. De tentative de réconciliation, après des mois de séparation il fut aussi question dans « Palais d’été » de Lou Ye, autre film en compétition, où l’issue finale fut également le renoncement à une histoire passée. Enfin, dans « Red road », premier film de l’anglaise Andréa Arnold, l’héroïne choisit, elle, d’approcher l’homme qui a brisé son couple en tuant son mari et sa fille. La réalisatrice fait savamment monter la pression, en confrontant ce personnage de femme blessée, à l’homme qu’elle devrait haïr le plus, et en relativisant la difficulté d’une véritable relation humaine avec ce qui ne devrait pas être à ses yeux un homme. Bouleversant, son film est aussi un magnifique portrait de femme qui redonne espoir en un certain dialogue.

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Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur