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INTERVIEW

GIRL

Lukas Dhont

Le point de départ

Concernant les origines du projet, Lukas Dhont avoue avoir l’idée du film en 2009, alors qu’il avait dix huit ans et commençait ses études de cinéma. Il vivait sa scolarité comme quelque chose de difficile et a lu un article sur une jeune fille de 15 ans, née …

© Diaphana Distribution

Le point de départ

Concernant les origines du projet, Lukas Dhont avoue avoir l’idée du film en 2009, alors qu’il avait dix huit ans et commençait ses études de cinéma. Il vivait sa scolarité comme quelque chose de difficile et a lu un article sur une jeune fille de 15 ans, née dans un corps de garçon, qui voulait devenir danseuse. Elle lui est apparu comme « un modèle de courage ». Rapidement il s’est dit qu’il ne souhaitait pas en faire un documentaire, mais préférait s’orienter vers « une fiction sur quelqu’un qui défie les normes ».

Un casting initial non genré

Est venu alors le plus gros challenge : le casting, car le film serait forcément porté par son interprète principal. Avec un personnage transgenre, il y avait forcément « beaucoup de pression concernant la représentation ». Il a donc entamé, un an et demi avant le tournage, un casting « sans genre » au départ, mais « il fallait trouver quelqu’un qui sache danser, rester naturel devant la caméra » et qui ait de l’aisance tout en ayant 15 ans. N’ayant pas trouvé, il a commencé le casting pour les rôles secondaires, accompagné d’un chorégraphe. C’est là qu’ils ont repéré un garçon de 14 ans, à la fois « magnétique, angélique et élégant » : Victor Polster.

Lukas avait peur qu’il ne soit pas intéressé par le rôle. Mais après « avoir lu le scénario », Victor a indiqué que oui. Les choses se sont alors enchaînées : il a rencontré Nora (la jeune fille courage), mais il n’avait jamais dansé sur les pointes et a dû apprendre, à raison de 10 heures par semaines, pendant 4 mois. Quant à son apprentissage du métier d’acteur, Lukas avoue qu’il n’aime pas répéter les scènes émotionnelles et préfère « créer une intimité, une confiance », en faisant que les gens se sentent comme une famille. C’est ainsi qu’est née une vraie relation père-fils entre Mathias et Millo. La seule figure féminine était le personnage de Lara, ce qui était volontaire, afin qu’elle prenne « la place légitime de la femme ».

Un corps qui ne change pas assez vite

Le tournage a eu lieu dans une vraie école de danse, à Anvers, avec des enfants qui veulent devenir des danseurs classiques. Sur le tournage, tous savaient que Victor était un garçon, mais sur le plateau, tous étaient bouleversés, car « c’était une fille ». « La vraie question du film c’est que dans le fond elle ne se voit pas comme une fille ». C’est « son corps qui ne change pas assez vite pour Lara ». Il lui fallait montrer que « sa violence était envers elle-même, envers son propre corps », et donc effacer la violence autour, sous-jacente. Mais bien entendu, la scène de la fin « fait peur », même si elle n’est pas montrée comme une solution.

Concernant la transition, il a souhaité mettre en parallèle les deux combats que constituent le rêve de devenir ballerine et le traitement médical. Il était donc « important de montrer les moments chez le psychiatre et l’accompagnement à l’hôpital ». De même il lui fallait « désorotiser » le corps de Lara, car elle ne veut pas aller « dans l’intime avec d’autres corps », et car son corps souffre, comme ceux des filles autour. C’est ainsi que Lukas n’a jamais filmé le corps entier de Victor, renforçant sa sensation d’être « découpé » en deux.

Propos recueillis
par Olivier Bachelard

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