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INTERVIEW

TRISTAN

Lorsqu’un journaliste demande à Philippe Harrel s’il a eu envie de changer de regsitre à s’attaquant au genre policier (contrastant avec son dernier film :  » le vélo de Ghislain Lambert « ), il préfère dire que ce sont d’abord les histoires, les sujets qui s’imposent à lui. Un scénariste est v…

© Patrice RICOTTA

Lorsqu'un journaliste demande à Philippe Harrel s'il a eu envie de changer de regsitre à s'attaquant au genre policier (contrastant avec son dernier film : " le vélo de Ghislain Lambert "), il préfère dire que ce sont d'abord les histoires, les sujets qui s'imposent à lui. Un scénariste est venu le voir avec ce qu'il qualifie de " concept intéressant ", qu'il a souhaité développer avec ce dernier.

" Tristan " ne lui paraît pas être réellement un film noir. Il s'agirait plus d'un portrait, celui d'une femme contemporaine, évoluant dans un milieu d'hommes. C'est une femme qui dit la Loi, une sorte de femme justicière. Mais il le décrit également comme un travail sur le mythe, l'image du Serial Killer, personnage qui fascine beaucoup depuis quelques années.

Il affirme d'ailleurs avoir joué avec le personnage de profileuse, interprété par Nicole Garcia, qui s'il n'avait pas l'étiquette d'expert, ne serait pas prise une seconde au sérieux. Ce personnage sert de révélateur, permet l'exploration de la psychologie du serial killer. Ainsi, il existe " une inversion progressive du divan ". Au début, c'est Mathilde Seigner qui pose les questions, et peu à peu le rapport s'inverse.

Il ne s'agit pas pour Philippe Harrel d'un film moins personnel. Même s'il n'a pas écrit une ligne du scénario, il a tout de même participé au séquencier. Et il avoue que chacun de ses films est forcément personnel, puisqu'il est, comme la plupart des réalisateurs, incapable de se plier intégralement aux règles d'un genre. Certaines scènes ont d'ailleurs disparu lors du tournage, car elles étaient simplement impossibles à tourner dans la réalité. Le montage a permis de compenser leur absence.

Il admet ne pas avoir pensé immédiatement à Mathilde Seigner pour jouer le rôle du commissaire Barsac. Elle, avait vu un reportage sur des femmes flic de 30 ans, et les avait trouvées fortement différentes des Julie Lescaut de la télévision. Majoritairement, elles ne sont pas mariées, n'ont pas d'enfants, et ont des vies compliquées. Elles apparaissent blindées et insensibles, comme dans le film, car elles ont l'habitude de l'horreur, et des décès, même parmi leurs amis, leurs proches.

Si une journaliste lui demande si ses rôles de femmes fortes ne risquent pas de l'enfermer dans ce type de propositions, elle rétorque avec véhémence qu'on joue d'abord ce qu'on est, mais que ses rôles sont plus des femmes en luttes, qu'elle interprète souvent avec retenue, comme " Une hirondelle a fait le printemps ". Elle ajoute par ailleurs qu'elle adorerait jouer dans de véritables comédie, à la Jacqueline Maillan, mais qu'on ne lui en propose jamais. Philippe Harrel acquiesce lorsqu'elle affirme pouvoir être très drôle.

Jamais réellement tenté de jouer le rôle de Jean Jacques Vanier, Philippe Harrel exprime sa préférence pour celui de Tristan, qu'il aurait pu interpréter, tout en réalisant. Vanier a été choisi pour un personnage au rythme radicalement différent de celui de la commissaire, qui, du même coup, logiquement, " ne le calcule pas ". Son appartement fut un lieu de tournage éprouvant (3 jours), du fait de la déco minimaliste. Il avait lui même demandé à la chef décoratrice d'aller chez " IKEA " et de prendre ce qu'il y avait de moins cher. D'où le résultat, qui ne se voit pas malheureusement entièrement à l'image, du fait du format scope.

L'appartement de Tristan, est lui, plus un entrepôt pour ses livres. Le personnage est ailleurs, il se moque d'où il habite. Le choix de l'acteur, s'est fait sur un physique de belle gueule, qui véhicule cependant quelque chose d'inquiétant, d'effrayant. En fait, pour lui, tous les personnages sont inquiétants dans ce film.

Il a cherché avant tout, à dire au spectateur, en permanence, que cette histoire ne peut pas arriver, que tout est faux, malgré le désir de cohérence de celui-ci. Naturellement le spectateur " est du côté de Barsac (la commissaire) ", il lui faut donc qu'il y ait un coupable. Et le premier type qui allait sortir de chez Nadia (la prostituée), ce serait lui… Il s'agit donc plus d'un film concept, d'une construction mentale, autour de l'idée d'un serial killer - prince charmant.

Philippe Harrel termine par une évocation de la partition musicale, pour laquelle il avait dit au compositeur : " tout ce que tu as honte de faire habituellement, fais le ! ". Celui-ci excelle alors, grâce à son talent, dans le changement de registre (polar, romantisme…), en évitant de justesse la guimauve. Son seul regret, quant au film, sera de n'avoir pas assez poussé dans la parodie de la série télé. La seule scène qui est vraiment explicite de cet aspect là, est celle de récompense, où tout le monde applaudie la commissaire pour avoir démantelé le réseau bulgare.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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