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INTERVIEW

RIEN A DECLARER

Journaliste :
Comment est venue l’idée du film « Rien à déclarer » ?

Dany Boon :
Tout simplement en passant la douane vingt ans après. J’étais étudiant en Belgique. Je suis né à la frontière, je passais souvent la frontière pour faire le tiercé de mon père, pour ache…

© Pathé Distribution

Journaliste :
Comment est venue l'idée du film « Rien à déclarer » ?

Dany Boon :
Tout simplement en passant la douane vingt ans après. J'étais étudiant en Belgique. Je suis né à la frontière, je passais souvent la frontière pour faire le tiercé de mon père, pour acheter de la cassonade, du sucre roux ou du chocolat. C'étaient des endroits très vivants, très animés, il y avait toute une économie qui dépendait de la frontière et du fait qu'on devait s'arrêter pour déclarer des marchandises. J'ai découvert que, vingt ans après, ça avait complètement disparu et je passe aux mêmes endroits, des villes qui maintenant ressemblent à des villes de western et je me suis dit que c'était un sujet intéressant pour un film. Et puis c'était un moyen de faire une comédie sur le racisme.

Journaliste :
Vous traitez justement le sujet d'un racisme franco/belge. Est-ce plus facile, à l'heure actuelle, de traiter de ce racisme-là sur le ton de la comédie?

Dany Boon :
En considérant les scènes de comédie qui traitent directement de la francophobie du personnage de Benoît Poelvoorde, si vous transposez avec les noirs ou avec la religion, effectivement, ce n’est pas facile de faire une comédie, ça crée un malaise, car les communautés se replient de plus en plus sur elles-mêmes.

Journaliste :
Comment avez-vous choisi Benoît Poelvoorde pour le rôle de Ruben Vandervoorde ?

Dany Boon :
Avant tout, j'avais très envie de travailler avec lui. Mais pour rendre César à César, comme on dit, la personne qui m'a mis la puce à l'oreille est Laurent Storch, que je connais depuis très longtemps. C'est un garçon brillantissime, il s'occupe de la programmation du cinéma, des films pour TF1. C'est lui qui m'a mis cette idée dans la tête, il y a déjà longtemps, en me disant : « Avec Benoît, vous feriez un duo formidable. »

Journaliste :
Le personnage de Benoît est-il inventé, ou y a-t-il vraiment des Belges francophobes à ce point?

Dany Boon :
C'est une comédie, donc évidemment on grossit un peu le trait. Le personnage de Benoît est dans un délire raciste, mais il n'est pas que cela. C'est la complexité de son personage qui est intéressante. Il est aussi habité par le doute. Mais en effet, il est un peu la somme de ce que j'ai pu entendre comme conneries sur le racisme et sur le rejet de l'autre.

Journaliste :
Votre duo entre un gentil naïf et un petit teigneux peut faire penser à De Funes et Bourvil. Y avez-vous pensé et quelles sont vos références en matière de comédie ?

Dany Boon :
Je suis ravi de la comparaison, je ne me permettrais pas de la faire, ça ne viendra jamais de moi. Mais il est vrai que je revendique une filiation avec un cinéma français populaire qui m'a effectivement influencé quand j'étais enfant : les films de Gérard Oury, de Tati, de Veber mais aussi de Terry Gilliam ou de Billy Wilder. J'aime raconter des histoires de gens « simples », de petites gens qui pour moi sont en fait les grands. C'est là que passent les plus belles émotions. J'ai en mémoire quand j'ai écrit « Bienvenue chez les ch'tis », j'ai beaucoup réfléchi : je voulais faire une comédie de gens normaux, pas de super-héros, en tout cas pas influencé par la comédie hollywoodienne récente qui part en vrille, où l'on nous raconte toujours la même histoire, où l'on a du mal à s'identifier.

Journaliste :
Après l'immense succès de « Bienvenue chez les ch'tis », vous avez naturellement eu carte blanche pour votre film suivant. N'est-ce pas finalement dangereux d'avoir une totale liberté sur un projet ?

Dany Boon :
J'étais assez vigilant là-dessus. Ça m'a pris plus de temps d'écrire le scénario pour ce film que pour les ch'tis, l'écriture m'a pris environ deux ans. J'avais déjà une première version du scénario au bout d'un an, mais ça m'angoissait, par rapport à la satisfaction que les gens avaient eu avec les ch'tis. Je ne voulais pas décevoir. C'est très compliqué de revenir avec un nouveau film après un très gros succès. La réponse à cela est de prendre le temps, j'ai donc pris un an supplémentaire pour finaliser l'écriture. Et surtout, quand je donnais mon scénario à lire, je disais « ne m'épargnez pas, dites-moi vraiment si vous n'aimez pas ».

Rémi Geoffroy Envoyer un message au rédacteur

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