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INTERVIEW

MEMORY LANE

Mi-novembre 2010, Mikhaël Hers est invité au Comoedia de Lyon pour présenter son premier long-métrage. Il n’est pas venu seul, bien au contraire. Il s’est entouré de sa troupe, de ses amis qu’il a déjà dirigés et redirigera sûrement : les comédiens Thibault Vinçon (« Les Amitié…

© Ad Vitam

Mi-novembre 2010, Mikhaël Hers est invité au Comoedia de Lyon pour présenter son premier long-métrage. Il n’est pas venu seul, bien au contraire. Il s’est entouré de sa troupe, de ses amis qu’il a déjà dirigés et redirigera sûrement : les comédiens Thibault Vinçon (« Les Amitiés maléfiques »), Lolita Chammah (« Copacabana ») et une petite nouvelle dans ce cercle, Dounia Sichov.

Abus de Ciné :
Mikhaël Hers, vous êtes un jeune réalisateur déjà auteur de plusieurs moyens-métrages. Quel est votre parcours et votre carrière ?

Mikhaël Hers :
« Memory Lane » est mon premier long-métrage. Avant celui-ci, j’ai fait trois moyens-métrages qui ont tourné dans des festivals et qui traitaient un peu des mêmes thématiques. Le premier s’appelle « Charell », une adaptation d’un chapitre d’un roman de Modiano, le deuxième « Primrose Hill », qui ressemble beaucoup à « Memory Lane » mais se déroule en hiver et le troisième « Montparnasse », qui a reçu le Prix Jean Vigo.

Abus de Ciné :
Vous avez constitué autour de vous une vraie bande avec laquelle vous semblez très lié.

Mikhaël Hers :
J’aime retravailler avec les mêmes personnes. C’est assez émouvant de les voir changer et grandir à l’écran. Ça met en confiance aussi comme on se connaît. Mais chaque nouveau film est pour moi l’occasion d’une nouvelle rencontre. C’est donc un mix des deux. Je n’avais jamais travaillé avec Dounia par exemple. Alors qu’avec Thibault, nous avons travaillé ensemble sur mes deux précédents moyens-métrages et avec Lolita sur « Montparnasse ». Le tournage en devient plus chaleureux et plus simple. Comme je ne suis pas quelqu’un qui parle beaucoup, ça me permet de me faire comprendre sans forcément passer par des explications !

Abus de Ciné :
Comment avez-vous rencontré ces comédiens et comédiennes ?

Mikhaël Hers :
C’est vraiment une histoire de rencontre. Quand on prépare un film, on part à la rencontre des gens, on leur parle. J’avais vu Thibault dans « Les Amitiés maléfiques » que j’avais beaucoup aimé. Je connaissais aussi Lolita, que j’ai rencontrée et avec qui j’ai discuté. Pour « Memory Lane », au départ, je voulais des musiciens pour interpréter les rôles des membres du groupe. Je suis donc beaucoup allé sur des sites internet de musique type MySpace. C’est d’ailleurs là où j’ai fait la connaissance de Dounia !

Abus de Ciné :
Dounia, c’est votre première expérience de long-métrage, comment s’est passé le tournage ?

Dounia Sichov :
La première semaine s’est très bien déroulée, parce que c’était la durée à laquelle j’étais habituée pour tourner [Dounia a une expérience des courts-métrages, ndlr]. Ensuite, à partir de la deuxième, la pression est montée, les doutes se sont installés et il y a eu de grosses remises en question intérieures ! Et puis après deux jours, c’est passé !

Abus de Ciné :
Il y a dans « Memory Lane » de longs plans sur la nature, quelle signification leur donnez-vous ?

Mikhaël Hers :
Quand je démarre une histoire, je commence par les lieux. Je voulais mélanger dans ce film des choses très triviales, très banales, très ordinaires avec des choses plus lyriques, plus impressionnistes. Ces plans sur les arbres participent de ce mélange. Par ailleurs, ils rythment le film, c’est comme les ponctuations d’une chanson.

Abus de Ciné :
Vous en dites très peu sur les personnages de votre film. Est-ce que vous, les comédiens, avez eu besoin de vous imaginer les vies du personnage que vous deviez interpréter ?

Lolita Chammah :
C’est une question qu’on me pose souvent, mais très sincèrement non. Quand je joue, je joue au présent et non au passé ou au futur. Je n’y pense pas. Ce que je dois interpréter naît avec les lieux, les espaces et les moments.

Dounia Sichov :
Pour ma part, j’ai glané dans le scénario les choses qui décrivaient Christelle [son personnage dans le film, ndlr] pour me la figurer, la sentir. Et de là, j’ai pu me dessiner son passé proche. Ça n’a rien produit pendant le tournage, mais ça m’a permis de me sentir plus en confiance.

Mikhaël Hers :
Thomas Blanchard par exemple [qui joue le rôle de Raphaël dans le film, ndlr] n’avait pas besoin d’en savoir plus sur son personnage. On sait très peu de chose sur ce qui le bouffe intérieurement et pourtant ça ne l’a pas dérangé, c’était assez clair dans son esprit. Il appréhendait davantage les scènes plus anecdotiques que celle où il craque littéralement par exemple.

Abus de Ciné :
Quelle est la part d’autobiographie dans votre film ?

Mikhaël Hers :
Il n’y a rien de directement autobiographique. Je n’ai pas d’imaginaire très fort pour les histoires, donc je puise dans les choses que je peux voir ou ressentir. Mais je ne suis aucun des personnages, peut-être un peu de tous en même temps…

Abus de Ciné :
En tant que comédiens, qu’est-ce qui vous attire dans le projet d’un réalisateur ?

Thibault Vinçon :
Ce qui m’attire, et qui est particulièrement vrai pour « Memory Lane », c’est lorsque je ne sais pas ce qu’il va se passer. En lisant certains scripts, on voit déjà ce que sera le film. Pour ma part, je préfère les cinéastes qui ont envie de vivre une expérience. Je suis très attiré par les scénarios qui délivrent une promesse.

Lolita Chammah :
Je suis assez d’accord. C’est un peu mystérieux l’acte de faire un film. Dans la promesse, il y a l’idée de mystère. Je trouve qu’il y a des liens invisibles qui relient les comédiens aux cinéastes. Je pense qu’il y a des gens qui sont faits pour être ensemble. Ce qui me pousse à aller vers quelqu’un, c’est une sensation qui a davantage avoir avec la vie plutôt qu’avec quelque chose de rationnel.

Abus de Ciné :
Vous filmez beaucoup de scènes de marche à pied. C’est pour vous des moments importants où vos personnages peuvent entrer dans une profonde réflexion ?

Mikhaël Hers :
Oui, si on veut. On n’apprécie pas les choses de la même manière quand on est en mouvement et quand on est assis. C’est venu un peu naturellement quand j’écrivais, je voyais plus mes personnages marcher…

Lolita Chammah :
En plus, quand on marche, on se dit plus de choses intimes. Le regard est devant nous, on peut se parler sans se regarder.

Thibault Vinçon :
Certes « Memory Lane » est un film de bande, mais en même temps, on se retrouve souvent à deux dans des scènes, pour parler. Cette intimité se retrouve aussi dans ces discussions.

Mathieu Payan Envoyer un message au rédacteur

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