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INTERVIEW

A PERDRE LA RAISON

A propos de l’histoire et de l’envie de faire ce film…
Il y a cinq ans, alors que je suis en voiture, j’entends parler d’un fait divers qui va marquer toute la Belgique. Je suis assez bouleversé, sans trop savoir quoi en penser… Je trouve que c’est incompréhensible, inimagina…

© Les Films du Losange

A propos de l’histoire et de l’envie de faire ce film…
Il y a cinq ans, alors que je suis en voiture, j’entends parler d’un fait divers qui va marquer toute la Belgique. Je suis assez bouleversé, sans trop savoir quoi en penser… Je trouve que c’est incompréhensible, inimaginable. Je rentre à la maison, j’en parle avec ma femme, mes amis, et ce qui revient est que tous trouvent ça impensable. Donc, je me suis demandé : est-ce qu’avec un film, on ne pourrait pas rendre cette histoire un peu plus vraisemblable, un peu plus imaginable, un peu plus pensable ? Il ne s’agit pas du tout d’excuser, mais essayer de faire comprendre… Bien sûr, par rapport à un passage à l’acte aussi énorme, il reste des énigmes, mais on s’est très vite dit, avec mes co-auteurs, qu’il ne fallait pas choquer. Quand on a commencé à écrire, à se renseigner, on s’est vite rendu compte qu’il y avait quelque chose d’universel dans cette histoire, de l’ordre de la tragédie, simplement parce qu’on est tous le fils de quelqu’un, et imaginer que la personne qui vous a mis au monde peut nous reprendre la vie, c’est assez traumatisant.

A propos du genre du film et de l’approche choisie…
Avec Thomas Bidegain, le co-scénariste de Jacques Audiard, et Matthieu Reynaert, un jeune scénariste belge, on est des fans de cinéma populaire. Nous ne pensons pas qu’il faille séparer les sujets compliqués du cinéma populaire. Donc nous nous sommes mis en tête, avec cette histoire complexe, de faire un film accessible. Une vraie tragédie populaire. D’où l’idée d’aller chercher ces trois grands acteurs… Très vite, nous avons évoqué, comme référents, des films tels que "Titanic" ou "Kramer contre Kramer", car pour le film de Cameron, il s’agit d’un film sur un naufrage, et tout le monde en entrant dans la salle sait comment cela va finir. C’est pour cela que nous débutons notre histoire par l’image de ces cercueils… Et ainsi, en indiquant dès le début qu’il va se passer quelque chose de dramatique, on évite le suspense. Qui, pour le coup, aurait été de très mauvais goût…

A propos de la thématique du film…
Ce qui m’a donné fort envie de faire le film, c’est que cette histoire m’offrait la possibilité de questionner le don et l’altruisme qui se transforment en perversion, et qui annulent et font perdre toute autonomie. On a tous déjà reçu un cadeau, qui nous met mal à l’aise, et dont on perçoit qu’il va engendrer une dette, même implicite. Dans cette histoire, il y a avait ce sujet-là. Mais il y a plusieurs couches. Derrière ce trio tragique et maléfique, il y a aussi une possibilité de s’interroger sur le néo-colonialisme. C'est-à-dire cet homme qui donne, qui soutient, et puis quand les gens qu’il a protégés ont envie de s’émanciper, de grandir, de se libérer, il ne supporte pas. Et ça, je trouve que c’est quelque chose de très moderne, de très contemporain. Je pense qu’on est prêt, pays occidentaux, européens, à aider, mais on est vite très embêtés quand ça s’émancipe…

A propos des acteurs…
Quand j’avais vu "Un Prophète", j’avais été étonné par l’homosexualité latente qui s’en dégageait. Et qui convenait à la relation entre les deux personnages masculins de mon film. J’avais envie de proposer le scénario à Tahar Rahim, et un autre grand acteur que Niels Arestrup avait accepté, avant de se rétracter. Tahar m’a alors dit : « allons chercher Niels » ! J’avais un peu peur, parce que cela pouvait marquer un manque d’originalité, et puis très vite je me suis dit que non… C’est un couple déjà préexistant qui a une affection qui va se dégager du film, et l’histoire est finalement celle d’une femme qui s’engage dans une relation de couple sans se rendre compte qu’un couple préexiste déjà au sien… Donc en choisissant ce casting, cela faisait écho au récit. Le premier jour du tournage, Tahar et Niels sont venus pour me dire que s’ils étaient moins bons que dans "Un Prophète", la presse allait dire d’eux que sans Audiard, ils ne servaient à rien… Vous imaginez la pression ! Heureusement, Emilie Dequenne était là pour leur tenir tête. A la deuxième semaine de tournage, quand Emilie tourne, toute seule, cette scène où elle conduit et se met à pleurer, je me suis dit « ça y est, c’est bon, elle a attrapé le personnage. » Pour la première fois de ma carrière, j’ai été parfois spectateur de mon film, sur le tournage, grâce aux acteurs. Et ça, c’était magnifique.

Anthony REVOIR Envoyer un message au rédacteur

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