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Test DVD - CHARLIE'S COUNTRY

Date de sortie : 2 juin 2015

Charlie en veut aux Blancs depuis que les lois sont appliquées plus durement envers la communauté des aborigènes australiens. Le jour où il part à la chasse, la police lui confisque son arme. Il se confectionne alors une lance en bois, mais là encore, la police veille et la lui retire. Révolté, il décide alors de retourner dans la forêt à l’état sauvage…

Test du DVD

Ce DVD, édité par Blaq Out, propose un unique bonus mais aussi un livret de 16 pages.

"Le Pays de David", tel est le titre de 30 minutes passionnantes et émouvantes d’entretien avec Rolf de Heer. La première partie apporte un éclairage sur David Gulpilil et la genèse de "Charlie’s Country". Le réalisateur explique sa rencontre avec l’acteur (pour son film "The Tracker" en 2001) et la relation qu’ils ont nouée depuis. Il rapporte différents éléments qui ont conduit Gulpilil à le considérer comme un frère – le concept d’amitié n’existant pas dans sa culture d’origine.

Il revient donc sur leur première collaboration sur "The Tracker" (Rolf de Heer était alors le premier réalisateur à se déplacer pour voir Gulpilil sur ses terres !) puis sur "10 canoës, 150 lances et 3 épouses". Il évoque ensuite la déchéance de l’acteur (l’alcoolisme et une peine de prison pour violence), montrant que celle-ci a contribué à rapprocher encore plus les deux hommes grâce aux visites du réalisateur durant la détention de Gulpilil. On comprend alors que le projet de "Charlie’s Country" est né de ces visites et que Rolf de Heer, qui avait pourtant l’intention de faire une pause à cette époque, a accepté cette nouvelle collaboration car c’était la seule façon qu’il avait d’aider David Gulpilil. En s’impliquant dans ce projet, l’acteur a même réellement repris goût à la vie, avec une hygiène plus équilibrée et sans alcool. Rolf de Heer donne par ailleurs des éléments pour comprendre à quel point Gulpilil a connu une influence nuisible de la part d’autres acteurs au début de sa carrière.

La deuxième partie de l’entretien correspond moins au titre "Le Pays de David" puisque Rolf de Heer revient sur sa propre filmographie. Néanmoins, cela s’avère tout aussi intéressant, notamment à propos du choix des personnages dans son œuvre et des circonstances qui l’ont mené à réaliser tel ou tel film, De Heer prenant les exemples de "Bad Boy Bubby", "La Chambre tranquille" et "The Tracker". Parmi les anecdotes qui montrent ce qui le motive, on apprend qu’il lui avait été proposé de réaliser "Massacre à la tronçonneuse 3" mais qu’il n’avait pas voulu s’exiler à Hollywood malgré l’argent que cela pouvait lui rapporter. Cette interview dresse donc le portrait d’un homme simple, qui n’est pas obsédé par la réalisation, qui se laisse porter par les rencontres et les occasions qui se présentent à lui, et qui reste profondément attaché à son pays et à sa famille.

Le livret du DVD s’ouvre sur une carte et une page de texte donnant au spectateur des informations utiles sur les Aborigènes d’Australie et particulièrement sur la Terre d’Arnhem – territoire dont est originaire Gulpilil et où se déroule en partie le film. Si l’on a des lacunes sur ce sujet, il est vivement conseillé de prendre connaissance de ces éléments avant de voir le film pour mieux en comprendre les enjeux.

Suivent un autre entretien avec Rolf de Heer (initialement publié dans la revue "Positif") et une note du réalisateur, qui reprennent partiellement le contenu de la première partie de l’interview vidéo, tout en précisant d’autres détails, comme la question de la langue, les conditions de création de "10 canoës", la participation à "Charlie’s Country" de deux autres Aborigènes déjà présents dans ce dernier, ou encore la scène où Gulpilil se fait couper les cheveux en prison dans "Charlie’s Country". En outre, Rolf de Heer évoque plus largement la place des Aborigènes dans la société australienne et dans le cinéma australien (voir l’article que nous avions consacré sur cette thématique). Il revient aussi sur les deux films qu’il a réalisés avant "Charlie’s Country", malheureusement non distribués en France.

La suite du livret contient une très courte présentation du réalisateur, les crédits du film et la reprise, quasi in extenso, de notre portrait de David Gulpilil. A la lumière des suppléments de ce DVD, nous devons convenir que nous y avions fait une erreur en sous-entendant que sa peine de prison avait eu lieu avant sa rencontre avec Rolf de Heer et que la renaissance de l’acteur avait commencé avec "The Tracker". Ce n’est pas totalement faux sur ce dernier point (avant de faire "Charlie’s Country" Gulpilil répétait souvent à De Heer que c’était le meilleur film de sa carrière) mais on voit bien que cette quasi-résurrection a été finalement plus tardive et plus compliquée que nous l’affirmions.

Caractéristiques techniques du DVD :

Format d’image : 2,35:1
Son : Dobly Stéréo ou Dolby Digital 5.1
Langues : VO (anglais + yolngu), sous-titres français (non désactivables)

Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur

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