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Critique Série : OZ

Série créée par Tom Fontana
Avec Ernie Hudson, Terry Kinney, Dean Winters, Kirk Acevedo, Lee Tergesen, Harold Perrineau Jr, Eamonn Walker, J.K. Simmons, Rita Moreno, Adewale Akinnuoye-Agbaje, B. D. Wong, Lauren Velez, Željko Ivanek, muMs da Schemer, George Morfogen, Granville Adams, J.D. Williams, Edie Falco…

Première diffusion en France : 1998 sur Série Club
Format : 56 minutes en moyenne par épisode (6 saisons ; 8 épisodes par saison, sauf la saison 4 avec 16 épisodes)
Site officiel : HBO

Présentation

Produite et diffusée depuis 1998 par la chaîne américaine HBO, cette inclassable série demeure à ce jour un missile qui a survolé le foule des programmes télés en nous redonnant l’espoir qu’il existe encore des réalisateur capable de nous faire réfléchir, voir même de nous éduquer, plutôt que de nous remplir le cerveaux avec de la compote pour bébé.

Critique : Incomparable

En 30 ans de zapping et de consommation télévisée (je triche un peu j’ai pas enlever les 10 premières années de "Récré A2" et autre "Club Dorothée"), je n’ai rien vu de comparable. Tom Fontana nous livre un feuilleton relatant le quotidien en huis-clos d’un quartier expérimental fictif implanté au sein du gigantesque pénitencier d’Oswald. Répondant au nom d’Emerald City, Clin d’oeil à la cité d’émeraudes du magicien d’Oz. Le projet ambitionne d’humaniser les conditions de détention d’un échantillon de plusieurs dizaines de prisonniers lourdement condamnés, censés y faire l’apprentissage d’une vie collective responsable.

À première vue, Em’ City semble sortir d’une plaquette publicitaire gouvernementale, et en même temps on a un peu l’impression de visiter et de découvrir la vie d’un véritable zoo hi-tech. Chaque journée étant rythmé par l’ouverture, fermeture des cages et l’extinction des lumières. Histoire de ne pas oublier le métronome classique d’une prison.

En six saisons et pas moins de 56 épisodes, "Oz" décline l’incessant et inexorable échec des faux-semblants. Car l’amélioration du vécu matériel des prisonniers, pour humanitaire qu’elle paraisse, ne règle en rien l’essentiel du problème : ce n’est pas la prison ni la manière dont on y survit, c’est la personne qui y entre, pourquoi elle y entre et pourquoi elle y retourne (quand elle a la chance d’en sortir).

Les prisonniers, qui proviennent pour la plus part des couches les plus basses de la société américaine (heureusement pas seulement), ont pratiquement tous tenté ou rêvé d’échapper à la violence de leur condition sociale. À l’instar du système pénitentiaire tout entier, Emerald City amplifie la portée, concentre et décuple en promiscuité chaque antagonisme, chaque frustration.

De la fragilisation matérielle à la destruction psychologique. De la privation de liberté au suicide. De l’altercation la plus bénigne au conflit racial ouvert. De la frustration sexuelle à la convoitise et au viol. De la rivalité d’influence au besoin impérieux de soumettre ou d’éliminer le rival...

C’est ainsi que le coté hi-tech, clean et même un peu rats de laboratoire d’Em City va peu à peu ce ternir pour finalement complètement disparaître à nos yeux et nous laissé face à une micro-société ultra-brutale où gardiens et gardés reproduisent sans cesse, et de manière un peu exagérée, les lois de survie et l’arbitraire édictés par notre société dite civilisée.

À travers une impressionnante galerie de personnages, nous pénétrons chaque instance, clan ou communauté, entremêlés selon une multiplicité d’intrigues très intelligemment menées. La clefs de voute de la série tiens surtout au personnage d’Augustus Hill, jeune Noir en fauteuil roulant qui, parallèlement à son rôle de détenu pacifique, fait office de narrateur de la série. Il n’est en fait que la voix et l’esprit de l’auteur qui s’exprime directement à nous. Installé dans une cage de verre, face à la caméra, Augustus Hill introduit chaque prisonnier ou nouvel arrivant par son CV et nous parle sur un ton corrosif de la vie à Em’ City, de l’humain et du divin, du monde actuel, du « bon » usage de la télévision, du culte américain des armes à feu, d’Histoire ou de sociologie moderne comparée ou encore des grands mythes littéraires de la tragédie grecque, dont chaque prisonnier semble être l’illustration désespérée...

À ce sujet, je vous conseil grandement la version originale sous-titrée, car le doublage en français d’Augustus est une catastrophe et annihile complètement la force du personnage et les effets attendus du réalisateur.

C’est toute cette construction sophistiquée, affichant un extraordinaire respect pour le téléspectateur, et la rigueur du propos politique, artistique et éthique de la série, qui expliquent qu’on soit inexorablement choqué, intrigué, passionné et enfin ému par "Oz".

L’oeuvre de Tom Fontana ne nous parle pas d’autre chose que du monde-prison où nous vivons, ce monde dont les histoires sont gravées dans notre chair, comme le « Oz » tatoué dans la chair de l’auteur, tout au long de son détonnant générique. C’est une série coup de poing dont vous non plus vous ne pourrez sortir indemne.

Anthony REVOIR Envoyer un message au rédacteur