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Critique Série : LA CASA DE PAPEL – PARTIES 3 ET 4

Série créée par Álex Pina
Avec Álvaro Morte, Úrsula Corderó, Itziar Ituño, Alba Flores, Miguel Herrán, Rodrigo de la Serna, Pedro Alonso, Jaime Lorente, Esther Acebo, Darko Perić, Najwa Nimri, Enrique Arce, Hovik Keuchekerian, Fernando Cayo, Belén Cuesta, José Manuel Poga…

Première diffusion en France : 2019 (partie 3) et 2020 (partie 4) sur Netflix
Format : 50 minutes en moyenne par épisode (16 épisodes pour l’ensemble des parties 3 et 4)

Synopsis

Riches depuis le braquage de la Fabrique de la monnaie à Madrid, les différents membres de l’équipe du Professeur sont dispersés dans le monde et profitent de la vie tout en restant prudents, car ils sont activement recherchés. Mais malgré toutes les précautions, un faux pas conduit à l’arrestation de Rio. Prévenu, le Professeur décide de réunir à nouveau l’équipe, ainsi que de nouveaux partenaires, pour mettre au point un deuxième plan diabolique…

Critique : La casa de prison break !

Depuis le début de "La casa de papel", il est tentant de comparer la série espagnole avec "Prison Break". Dans les deux cas, nous avons des personnages qui « s’emprisonnent » volontairement et élaborent des plans alambiqués et ambitieux pour s’en sortir au nez et à la barbe des autorités. Dans les deux séries, il y a une certaine maîtrise de l’art du cliffhanger et du retournement de situation, tout comme une faculté à se désintéresser du réalisme ou de la crédibilité sans verser non plus (du moins pas toujours) dans le grand n’importe quoi (quoique…). Dans les deux productions, émergent également des sentiments contrariés, tant chez les protagonistes (des coups de foudre, amitiés ou coopérations a priori inconcevables) que chez les spectateurs (on adore détester certains personnages comme T-Bag dans "Prison Break" ou Berlin dans "La casa de papel" !). Dans les deux histoires, on retrouve aussi un côté « Robin des bois » ou « bon samaritain », et des frontières finalement floues et changeantes entre le bien et le mal.

© Netflix France

Si l’on poursuit ce parallèle entre les deux séries, les parties 3 et 4 de "La casa de papel" (rappelons au passage ce choix particulier de parler de « parties » plutôt que de « saisons » pour cette série) correspondent à peu près à la saison 3 de "Prison Break", puisque, dans les deux cas, il s’agit de trouver un moyen pour replacer les personnages en situation de huis clos, avec le risque de ne pas atteindre le niveau de pertinence et d’inventivité des débuts. Force est de constater que le verdict est assez identique : même si l’on continue à s’attacher aux personnages, à s’enthousiasmer pour certaines situations ou à se laisser happer par la tension et les enjeux, on monte d’un cran en termes d’excès et les nouveaux personnages ne sont pas toujours à la hauteur – du moins ils rament pour trouver leur place dans nos cœurs de spectateurs, comme Palerme, le nouveau membre égocentrique et vicieux de l’équipe, ou Alicia, la négociatrice, enceinte et perverse.

Álex Pina, le créateur de "La casa de papel", semble un peu piégé par son propre bébé et par l’attachement que lui-même et les spectateurs ont bâti vis-à-vis des personnages. On comprend bien que l’éthique et les motivations de ces derniers rendent plausible la place relativement faible des coups de feu et des victimes dans cette série – cela depuis le début, ce qui est assez original pour une série de casse ! Toutefois, on atteint des sommets dans ces parties 3 et 4 en termes de volonté d’empêcher ou retarder au maximum la mort de certains protagonistes. Cela s’explique en partie par une autre dérive qui affaiblit la série : la formation de couples et le renforcement de l’amitié entre les personnages conduisent certes à des dilemmes scénaristiquement intéressants, mais aussi à un mouvement partiel vers une tonalité plus mielleuse, à base de flashbacks, de ralentis et de gros plans sur des visages meurtris. Même si nous plongeons en plein dans l’émotion quand nous découvrons les rebondissements du scénario, aveuglés par notre empathie et par notre propre affection pour untel ou unetelle, l’après-visionnage possède un arrière-goût de trop assaisonné. Cela dit, il faut bien avouer que, malgré les surcharges et les incohérences, il reste possible de se laisser porter par ces nouvelles aventures du Professeur et de ses acolytes, et même d’en redemander ! Et ça tombe bien, car la fin de la partie 4 est telle qu’il serait indécent de ne pas nous proposer une partie 5… À suivre, donc.

Raphaël Jullien Envoyer un message au rédacteur