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LES YEUX DE JULIA

Faux noir

Alors que Julia vient de perdre sa sœur Sara, récemment suicidée par pendaison dans sa propre maison, Julia, atteinte d'une maladie dégénérative de la vue se rend chez celle-ci. Troublée par certains détails, elle commence sa propre enquête, contre l'avis de son mari, Isaac...

Les producteurs de « L'orphelinat », méga succès en Espagne, sorti il y a un peu plus de deux ans en France, remettent le couvert avec un nouveau film à suspense, flirtant avec l'horreur. L'installation est plutôt intrigante, portée par une idée de voyeurisme, puisqu'on assiste d'emblée à la mort de la sœur, qui se pend sous l'influence d'une mystérieuse silhouette tapie dans l'ombre, qui prend des photos de ce « suicide » téléguidé. On pense un instant que l'on va nous servir un bon vieux thriller à base de snuff-movie (ou ici de photos trash) comme on a pu en avoir quelques uns il y a une dizaine d'années (« Tesis », « Témoin muet »).

Puis débarque la sœur jumelle, entièrement guidée par ses soupçons paranoïaques, en compagnie de laquelle on découvre le très réduit entourage de feu la sœur, soit une unique voisine, aveugle également, dont l'appartement est relié à celui de la soeur, par une corde courant le long du mur d'une ruelle. La cohérence du récit s'arrêtera là, le reste n'étant que vagues menaces sur Julia, que seule elle peut percevoir, alors qu'elle est à nouveau victime de la maladie qui est sensée la rendre aveugle, elle aussi, à terme. Et les scénaristes se gardent bien de donner quelque indice que se soit, histoire de faire porter les soupçons sur les rares personnages qui peuples cette histoire (le mari, les policiers...).

On notera cependant la cohérence de l'ambiance générale, avec une pénombre prédominante, et une progression logique vers l'obscurité, à mesure que la maladie progresse. Malheureusement on est un peu trop habitué aux effets de mouvements indicibles dans l'ombre. Le suspense est grossier, et on se surprend déjà à s'agacer alors que l'héroïne se met à poursuivre un homme avec capuche, qui court, jusque dans des couloirs de plus en plus sombres, ou alors qu'elle même est poursuivie le long de la fameuse corde. Bref, on attend que les portes claquent et on suit cette pénible et improbable histoire jusqu'à l'épuisement de notre patience. Heureusement, il y a la performance à cris et à sang de Belen Rueda (« L'orphelinat »), plutôt convaincante, qui s'éloigne peu à peu de son compagnon (Lluis Homar, vu chez Almodovar dans « Étreintes brisées »), qui lui aussi la supporte aussi longtemps qu'il peut.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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