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VOYEZ COMME ILS DANSENT

Un film de Claude Miller

Hasards et coïncidences

Lise, une vidéaste française, traverse le Canada d’Est en Ouest à bord d’un train sur lequel elle est censée faire un documentaire. Alors qu’elle tombe malade et que le train reste bloqué pour cause de travaux, elle fait la connaissance d’Alex, la médecin venu la soigner, mais aussi de l’ex-compagne de son ancien mari, show-man prodigieux, aujourd’hui disparu. Les deux femmes vont apprendre à se connaître tout en découvrant, chacune, les différents visages de l’homme qu’elles aimaient...

On aime bien Claude Miller, son univers serti de cruauté, sa sensibilité exacerbée qui porte souvent sur les rapports filiaux ou amoureux. Pour son seizième film en trente-cinq ans, le réalisateur a choisi, comme il l’a souvent fait, d’adapter un roman, ici celui de Roy Parvin, « La petite fille de Menno ». Mais cette fois c’est une déception, car si son film dégage bien un certain charme (grâce notamment à l’attrait de ses deux comédiennes et des magnifiques paysages canadiens), sa liberté stylistique faite de flash-backs incessants entre présent et passé, réel et souvenirs, rappelle trop souvent le procédé « lelouchien » par excellence, hasards (improbables) et coïncidences comprises.

Mais là où Lelouch construit sa mosaïque avec une habileté qui lui est propre, Claude Miller patine, et la rencontre entre ses deux héroïnes advient un peu tard (en fait, au bout de trois quarts d’heure). De plus, alors qu’on s’attendait à une confrontation tout au moins intéressante entre deux femmes que tout oppose sauf leur amour pour un homme qui n'est plus, l’action ralentit au moment même où elle devrait s’envoler, s’empêtrant dans des digressions scénaristiques dont on n’a que faire (les difficultés de vie de la population amérindienne au canada).

Dès lors, Marina Hands en amoureuse en souffrance a beau rappeler la Miou-Miou de « Dites-lui que je l’aime », Maya Sansa faire preuve d’un beau tempérament en femme forte qui cache ses blessures, « Voyez comme ils dansent » ne décolle jamais vraiment et c’est finalement Yves Jacques (dont c’est la sixième collaboration avec Claude Miller et qui joue ici le « chief room » du train) qui bénéficie du rôle le plus émouvant du métrage. James Thierrée (le petit-fils de Charlie Chaplin, à qui l’on doit des spectacles comme « Au revoir parapluie » ou « Raoul »), n’est rien moins qu’un extraordinaire show-man (les scènes de représentation sont très réussies), mais le cynisme de son personnage, artiste écorché vif et dépressif, ne nous le rend guère sympathique. Au final, « Voyez comme ils dansent » s’avère être l’un des films les plus faibles de Claude Miller, ce qui, au regard de la filmographie du réalisateur, reste tout relatif.

Christophe HachezEnvoyer un message au rédacteur

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