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LE VOYAGE D’ARLO

Un film de Peter Sohn

Pixar en chute libre

De nos jours, alors qu’une météorite devait provoquer leur extinction il y a des millions d’années, les dinosaures continuent toujours de peupler la Terre. Arlo, jeune spécimen maladroit et peureux, doit faire ses preuves auprès de sa famille pour montrer son courage. Sa confrontation avec un enfant sauvage surnommé Spot marquera pour lui le début d’une aventure rythmée et dangereuse…

Il y a déjà quatre ans, la catastrophe "Rebelle" était passée aux yeux de bon nombre de cinéphiles comme la première grosse erreur de parcours du studio Pixar, dont l’échec semblait avoir été dû aussi bien à un scénario suprêmement bêta qu’à une valse de réalisateurs (trois au total !) ayant entraîné une production chaotique. Cette année, en le voyant escalader son Everest avec "Vice-Versa", on se disait que le studio Pixar avait réussi à se réinstaller sur son trône. Mais le simple fait de découvrir aussi vite un nouveau dessin animé du studio – qui plus est raté à quasiment tous les niveaux – ne fait pas que lui infliger à nouveau une dégringolade des plus inquiétantes. Non, cela prouve surtout que le rachat de Pixar par la maison de l’oncle Walt aura contraint l’équipe de John Lasseter à perdre une bonne partie de son âme originelle.

Pour un studio ayant à ce point flatté l’émerveillement de son public, transcendé les conventions du divertissement et déployé des propos universels dont le degré de pureté et de subversion n’était pas sans rappeler les œuvres du studio Ghibli, "Le Voyage d’Arlo" s’impose comme une marche arrière qui ne manquera pas de défriser les spectateurs les moins exigeants. Le scénario, affreusement prévisible et consensuel, tient ici sur une ligne : pour « poser son empreinte » sur l’édifice familial érigé par son père (et ainsi se montrer digne d’appartenir à sa famille), un petit dinosaure peureux va devoir affronter mille dangers. Déjà, rien qu’avec ça, et en sachant que le film pompe la moitié des scènes du "Roi Lion" et de "L’Incroyable voyage" (enjeu central : traverser le monde pour rejoindre les siens), on ne mettra pas plus de dix minutes à deviner le déroulement du récit, les péripéties qui vont se mettre en place et le plan final.

Juger la qualité d’un film Disney/Pixar sur la qualité de son animation apparaît profondément inutile, d’abord parce que la technicité y est toujours irréprochable, ensuite parce que seule l’inventivité visuelle proposée dans l’écrin animé a désormais valeur d’analyse. Or, l’imagination est bien ce qu’il manque à ce nouveau film : ici, les paysages sont magnifiques, la musique est très belle… et c’est tout. Pour le reste ? Un humour résumable à des gags de classe de primaire, des personnages mal développés quand ils ne sont pas d’une bêtise affligeante (les ptérodactyles qui héritent des rôles de méchants sont juste insupportables), et une idéologie familiale assénée à coups de massue, hélas à des années-lumière de l’intelligence thématique d’un George Miller sur la saga "Happy Feet". On sort du "Voyage d’Arlo" dans un état d’accablement relatif, incapable d’admettre que John Lasseter et son équipe de génie aient pu cautionner la chose. Même en ayant gardé toute son âme d’enfant, ça va être très dur à encaisser…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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