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VOLTA A TERRA

Profils paysans, la nouvelle approche

Dans un petit hameau montagnard du nord du Portugal vidé par l’émigration, quelques dizaines de paysans continuent de subsister autant que possible. L’un d’eux, le jeune berger Daniel, travaille sans cesse dans les champs au rythme des saisons, mais rêve surtout de connaître l’amour…

Du côté des films portugais qui se sont installés sur la Croisette en 2015, la plupart des médias n’auront choisi de retenir que l’interminable triptyque des "Mille et une nuits" de Miguel Gomes. Pourtant, c’est vers l’Acid qu’il fallait se tourner pour trouver une petite perle rare, conçue à la manière d’un documentaire poétique sur l’univers rural du pays. Il y sera avant tout question d’un regard objectif et précis sur le quotidien difficile des paysans, capturé avec un souci du cadre et de la composition picturale, qui s’avère parfois bien plus saisissant que chez Raymond Depardon. D’autant qu’a contrario du documentariste français, davantage attaché aux « profils paysans » qu’à la dilatation du temps au sein de leur environnement, Joao Pedro Placido évite les interviews monotones pour s’en tenir à la pure captation d’un monde que l’on sent sur le point de s’éteindre.

Avec une rare douceur dans le filmage, des éclairages naturels sublimés par une photo magnifique et quelques pointes d’humour surgissant de chaque micro-scène enregistrée (à titre d’exemple, on s’amuse des insultes que Daniel donne à ses bêtes pour les faire obéir), Placido réussit à contrecarrer la monotonie au profit d’une sorte de communion intime entre la nature et les hommes, évitant ainsi au spectateur néophyte de se sentir exclu du processus d’immersion. Il règne ici une bienveillance qui réchauffe d’autant plus que le film, loin de paraître fataliste dans la difficulté du travail de paysan au fil des saisons, tend surtout à magnifier l’idée de transmission, surtout en ce qui concerne le rapport des parents à leurs jeunes successeurs. Dans ce décor superbe et minéral, il y a tout un monde à regarder, il y a tout un savoir à préserver, et ce sans aucun soupçon de passéisme quel qu’il soit. En cela, "Volta à Terra" a de quoi gâter son spectateur, touché au cœur et sincèrement ému.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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