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LA VISITA

Une difficile acceptation

Elena retrouve sa mère après le décès du mari de cette dernière, dans la maison où elle est employée comme domestique. Allure légèrement étrange, voix un peu sombre, Elena provoque la gêne… Il faut dire que les résidents des lieux l’ont autrefois connue sous le nom de Felipe...

"La Visita" est un film chilien tout en délicatesse, abordant le sujet de l'acceptation du passage d'un genre à un autre, à la fois par les proches, comme par l'entourage. L'ambiance étrange du début du film pose avec tact la différence d'Elena et le drame qui vient de se nouer. Dans cette maison bourgeoise, quelques plans se succèdent : une femme allongée la tête sous l'oreiller, un gamin qui apprend à tirer, un réveil en sursaut, le cadavre d'un homme... C'est alors qu'un long travelling avant en direction de la porte d'entrée, nous invite à accueillir cette fille, à la carrure et la voix un peu décalée. Habilement, il suffit alors au réalisateur d'un simple baiser gêné pour provoquer le doute.

En installant le personnage d'Elena dans ce lieu clos où d'autres drames intimes se jouent potentiellement, comme une étrangère dans une maison qui lui est pourtant si familière, Mauricio López Fernández se pose en fin observateur des rapports entre maîtres et servants, pris eux-mêmes dans la dialectique entre proximité et rapports d'argents, et donc de domination sociale. Intéressé par la curiosité malsaine des gens qui entourent son personnage principal (le sujet de l'opération ou non va crescendo jusqu'à une scène clé avec la maîtresse de maison), il met en avant l'hypocrisie ambiante (un foulard offert en cadeau comme une invitation, on le suppose, à cacher sa pomme d'Adam...) et les préjugés qui ont la vie dure (il ne faudrait pas la laisser en contact avec les enfants...).

Avec des personnages pris en étau entre leurs difficultés à cacher leur peur du « qu'en dira-t-on » et leur volonté de ne pas blesser l'autre, l'auteur dessine un univers fait de femmes et d'enfants, et questionne en douceur la nature de la masculinité (l'image liée aux vêtements, l'éducation par le tir...). Il pointe aussi un évident souhait de retour en arrière, à l'âge de l'enfance (ou de l'innocence), où certaines questions ne se posaient ni d'un côté ni de l'autre. Ceci donne d'ailleurs lieu à l'une des plus belles scènes du film, montrant une mère heureuse de revivre un moment où son fils (ou son image) s'occupe d'elle. Habile et relativement discret dans l'utilisation de symboles (le reflet des barreaux d'une fenêtre sur un visage, une armoire vide...), Mauricio López Fernández achève son film sur une note d'optimisme bienvenue.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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