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LA VÉNUS À LA FOURRURE

Un film de Roman Polanski

Un poison nommé Wanda

Par une journée orageuse, une actrice débarque dans un petit théâtre parisien pour une audition. Trempée de la tête au pied, le metteur en scène, encore présent, lui annonce que les auditions sont terminées. Elle s’impose tout de même, revêtant un costume de gente dame, empêchant ainsi le metteur en scène de s’échapper. Au premier abord vulgaire et culottée, il l’écoute, puis va se laisser emporter par son jeu et ses réflexions sur l’amour sado-masochiste que se portent les deux personnages du roman de Sacher-Masoch…

Après "Carnage", Polanski réitère dans l’adaptation d’un huis-clos, grâce au roman de Léopold von Sacher-Masoch, La vénus à la fourrure. Ici, il enferme ses deux uniques personnages dans un théâtre, en pleine nuit. Il va d’abord les laisser se découvrir, puis s’apprivoiser, pour finir par dévoiler ce qui les anime vraiment, savamment dissimiler derrière leur masque de metteur en scène intello et bourgeois et d’actrice désespérée faussement idiote.

À la manière de Wanda von Dunajew dans le livre, le personnage joué par Emmanuelle Seignier va petit à petit amener Thomas à la soumission, lui refusant au début toute implication, puis l’amenant à se soumettre à ses moindres désirs, remettant en cause son pouvoir masculin de domination. L’agneau se transformant insidieusement en loup sauvage et cruel, amadouant sa proie en jouant la poissonnière illettrée, fragile et naïve, pour susciter la fascination. Telle une muse, elle serpente sur scène, tantôt le charmant, tantôt lui distillant son venin, et pour finir par hypnotiser sa proie et la dévorer.

Pour s’adonner à ce jeu et à ses retournements scénaristiques, Polanski a choisi un duo d’acteurs, qui s’était précédemment donné la réplique dans "Le Scaphandre et le papillon" : Mathieu Amalric et Emmanuelle Seigner, sa compagne. Celle-là même qui en avait fait fantasmer plus d’un dans "Lune de fiel", retrouve toute sa superbe et son sex appeal, tout en réaffirmant son talent d’actrice. Emmanuelle Seigner crève l’écran par sa justesse et son énergie, qui lui permet de passer de Wanda la femme dominatrice et Vanda l’actrice aux réflexions déconcertantes sur l’analyse du script et des personnages.

Et bien au-delà de la magie qui se dégage des échanges entre les personnages, Polanski réussit à livrer une comédie rythmée, surprenante et jouissive, faussement légère. Un film sur la lutte pour le pouvoir dans les rapports amoureux, aux antipodes de ce qu’aurait fait l’analytique Woody Allen ou de ce qu’on pourra voir dans l’adaptation à venir du roman SM pour mémère au foyer, 50 Shades of Grey.

Véronique LopesEnvoyer un message au rédacteur

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