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UN ETE AVEC COO

Un film de Keiichi Hara

Coo-rez le voir !

Kôichi, jeune garçon, découvre par hasard une bien étrange pierre dans le lit asséché d’une rivière. Curieux, il rapporte le précieux trophée à la maison et décide de le laver. C’est alors qu’un étrange animal en sort. C’est un kappa, sorte de petite tortue avec une assiette sur la tête. La famille de Kôichi découvre rapidement l'étrange bestiole, décide de l'appeler Coo et d’en prendre soin. Malheureusement, la rumeur de l'existence de Coo se propage dans toute la ville, et Coo, inquiet d’ennuyer la famille de Kôichi, décide de partir à la recherche d'autres kappas. L’aventure commence...

Avant le plat principal d’avril 2009 (le nouveau Miyazaki « Ponyo »), voici le hors d’œuvre de septembre 2008 (« Un été avec Coo » de Keiichi Hara). Et au menu que des bonnes choses ! Car tout dans ce magnifique film confère au meilleur des Miyasaki (« Le voyage de Chihiro », « Princesse Monoké »). C’est un véritable concentré du savoir-faire asiatique qui nous est donné de voir, soit un très beau conte écolo et une admirable fable humaniste.

Adaptée de l’œuvre de Masao Kogure, qui date des années 80, le film en reprend la trame originale, soit la cohabitation entre une famille japonaise typique (parents, fils, fille et chien !) avec un kappa, petite créature venue tout droit de la mythologie japonaise, sorte de tortue ninja toute maigre ! Le film de Keiichi Hara débute d’ailleurs à l’ère d’Edo, du temps des samouraïs. On y découvre des kappas priant les hommes de ne pas assécher les marais où ils vivent. Un tremblement de terre recouvre soudain un jeune kappa qui se trouve enfermé dans une roche, retrouvée des siècles plus tard par Kôichi. Débute alors une sincère amitié entre le garçonnet et le kappa qu’il nommera Coo en rapport au premier son qu’il émettra !

L’une des grandes forces de ce film réside dans l’analyse du comportement de l'homme avec les autres humains et avec la nature. Les caractères de chaque personnage évoluent du début à la fin du film (une constante chez Miyazaki où les bons deviennent méchants et inversement). Keiichi Hara rappelle que l’homme est capable du meilleur comme du pire, à l'image du père par exemple, qui est prêt à sacrifier Coo pour conserver son travail. Même chose pour Kôichi, qui malgré toute la gentillesse qu’il dégage voit en Coo la possibilité de passer à la télévision. Il n’y a bien que le chien Chef qui prend un rôle complètement inattendu, compréhensif et héroïque comme si l’animal et la nature qu’il représentait, aidaient un compagnon.

Autre thème fort développé par Keiichi Hara, et qui renvoie aux sentiments des personnages du film : la solitude. Coo en est l’une des premières victimes puisqu’il prend conscience qu’à notre époque il est peut-être le dernier des kappas sur Terre. Mais Kôichi aussi est rejeté, par ses amis jaloux de ne pas pouvoir approcher le kappa. Enfin, Kikuchi, personnage extrêmement fort du film, dont les parents ont divorcé, est délaissée par sa classe mais prend sur elle comme le ferait une adulte.

Keiichi Hara fait le constat que l’Homme va mal. Il dépeint chez Nous beaucoup de médiocrité, de bassesse d’esprit, d’égoïsme et d’ambition démesurée. Rarement un film d’animation est allé aussi loin dans la description du mal qui dévore notre société d’aujourd’hui.

Pourtant l’humour et l’aventure sont bel et bien au cœur de l’histoire de Coo. Enfants et parents vibreront et rigoleront de la nouvelle vie de Coo, aussi adorable quand il mange du concombre que quand il pratique le combat de sumo ! On pense beaucoup à « ET l’extra-terrestre » dans ses rapports avec sa famille d’adoption et allez savoir s’il y a un lien, mais on a droit à une belle scène à bicyclette entre Kôichi et Coo !
Et puis, lorsque Coo arrive face à une rivière et qu’il la supplie de l’accepter, en lui promettant d’en retirer juste les bienfaits qui lui seront nécessaires, le film d’animation se transforme en fable écolo que les parents ne devront pas oublier d'expliquer à leurs enfants.

« Un été avec Coo », c’est donc une sublime histoire magnifiquement orchestrée. C’est une émotion de 2 h 15 qui grandit au fil des minutes pour vous mettre au bord des larmes. C’est un conte qui s’inscrit déjà dans la lignée des plus belles œuvres mangas.

Anthony REVOIREnvoyer un message au rédacteur

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