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TOMMASO

Un film de Abel Ferrara

L’obsession du désir

Tommaso est américain. C’est un ancien réalisateur et acteur de cinéma, aujourd’hui installé à Rome avec sa femme Nikki et sa fille Deedee. C’est un homme affable, qui veut s’intégrer. C’est un ancien alcoolique qui se soigne. Mais Tommaso est aussi un homme frustré…

Tommaso 2020 Abel Ferrara film image

Présenté en Séance Spéciale au 72e Festival de Cannes, "Tommaso" est l’occasion pour Ferrara de retrouver Willem Dafoe et les rues bruyantes de Rome. Le personnage de Tommaso correspond aux archétypes masculins du cinéma de Ferrara. C’est un homme seul, isolé, qui est rongé par une violence et une colère infinies, qui lui prennent toute son énergie. C’est un homme qui est frustré. Frustré en tant qu’homme dans sa sexualité et sa sensualité. Frustré en tant que père, car il est sans cesse en lutte avec la mère de son enfant et il fait face à une petite avec laquelle il n’arrive pas vraiment à communiquer, et malgré tout ce qu’il dit, avec laquelle il n’échange pas grand-chose. Il est aussi frustré en tant qu’artiste, car il n’arrive pas à avancer sur son projet de long-métrage.

Mais pourtant, aux yeux de la société, Tommaso est quelqu’un qui va bien. Il a des petites difficultés financières, mais il y a toujours de la bonne nourriture sur sa table. Il est avec une jeune femme magnifique qui ne veut que son indépendance et faire ses propres expériences. Il a une petite fille qu’il aime et qu’il peut élever. Et surtout, il ne boit plus. Mais pourtant, les seuls moments où Tommaso semble vraiment bien, c’est quand il revit ses souvenirs de débauches lors des réunions des alcooliques anonymes.

Tommaso est un homme obsédé, mais il ne sait pas vraiment par quoi, et c’est ce que travaille Ferrara en proposant des scènes au statut ontologique non défini. Le spectateur doit faire le choix de la réalité de ce qu’il voit. Il y a une invasion du rêve, du fantasme dans la réalité. Ces scènes se matérialisent par des corps féminins jeunes et nus, des sexes et des seins offerts à Tommaso, livrés à son désir, à sa soif.

Ferrara a choisi de faire un film avec une équipe technique très réduite et de filmer avec une petite caméra vidéo. L’image a donc un grain particulier, le point est souvent à côté, les couleurs saturent souvent jusqu’à l’aplat et il y a beaucoup de contre jour. Mais l’effet produit n’est pas un effet de réel, bien au contraire. Par ces imperfections, ce film semble relever plus du conte, de la fable, que du témoignage. La forme de la narration, très lâche, avec de nombreuses répétitions visuelles, et la chronologie qui n’est pas claire, participent à cet effet de rêve éveillé, dans lequel l’infini du désir et son pendant, celui de la frustration, peuvent advenir avec violence.

Dire que "Tommaso" raconte quelque chose serait peut-être une erreur, surtout dans un film qui cite explicitement "8 1/2" et "La Dolce Vita". C’est un film dont il faut faire l'expérience pour savoir s’il a quelque chose à raconter.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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