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LA TERRE ÉPHÉMÈRE

Un film de George Ovashvili

Ce que la nature donne, elle le reprend forcément

Entre la Géorgie et l'Abkhazie existe un fleuve qui laisse émerger chaque saison des parcelles de terre très fertiles que les paysans cultivent. Ces territoires privilégiés situés pile sur cette frontière naturelle qu'est le fleuve Inguri n'appartiennent ni aux géorgiens, ni aux abkhazes. Un vieux paysan colonise cette terre qui vient d'émerger et commence la construction d'une hutte...

Il est rare qu'un film aussi lent, calme et contemplatif m'emporte tout du long, sans y regarder ma montre ça et là. Il ne se passe certes rien exaltant sur ce petit îlot, mais George Ovashvili trouve le rythme qui colle à cette nature si paisible pourtant théâtre de massacres entre les forces géorgiennes et abkhazes. Malgré cela, pendant le premier tiers du film, tout est tranquille. On suit le vieil homme construisant méticuleusement sa baraque avec l'aide de sa fille. On le regarde user de ses techniques de pêche, couper du bois, démarrer un feu. Puis vient le temps de cultiver la terre. Il bêche d'abord, pendant que sa fille sème les graines de maïs séchés. Puis, il pleut. Viennent ensuite les premiers germes. Parfois, le calme est rompu à cause des bateaux à moteurs transportant des militaires, des coups de feu retentissent, quelques jeunes soldats s'affolent à la vue de la fille du paysan qui n'a que quinze ans. Il se passe finalement pas mal de choses sur cette petite parcelle émergée.

Le film nous happe sans que l'on s'en aperçoive et finalement les choses intéressantes débutent lors de la deuxième moitié, avec l'arrivé d'un intrus. Parcimonieux en verbe, "La terre éphémère" n'en n'est pas moins très éloquent. Lentement mais sûrement, George Ovashvili parvient à créer du suspense à partir de très peu. La culture de cet îlot est le principal sujet, même si gravite autour d'autres thèmes tels que le conflit armé, l'éveil de la sexualité de la jeune fille, le rapport intergénérationnel venant enrichir le matériau de départ qui est ce respect des forces naturelles que les habitants des villes ne connaissent plus.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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