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TAXIDERMIE

Un film de György Pálfi

Un film anatomiquement incorrect, à voir le cœur bien accroché

L’histoire d’une famille sur trois générations. Du grand père, aide de camp qui a le feu au sexe (au sens propre comme au figuré) et passe son temps à fantasmer ses relations sexuelles. A son fils, devenu champion de la dilatation de l’estomac, et qui s’entraîne à se fait vomir. A enfin son petit fils, devenu taxidermiste, et qui décide de s’empailler tout seul…

En trois chapitres, non formalisés, "Taxidermie" nous conte l'histoire d'une famille, côté hommes, dans laquelle chacun court après une réussite différente: amoureuse et sexuelle pour le grand père, sportive et physique pour le père, et artistique et médiatique pour le fils. Ces trois parties relèvent chacune d'une esthétique différente, travaillée avec ferveur et détails. Ainsi, la guerre et l'amour glauque se dépeint dans des décors sales, sombres et abîmés, la compétition ventrue prend racine dans un communisme multicolor et chargé, avec concours et récompenses ridicules, et l'art prend place dans des décors cliniques, où ne dénotent pas dangereuses opérations et machines infernales.

Mais il faut avoir le coeur bien accroché pour supporter chaque partie de cet ovni cinématographique, qui ose nous montrer des scènes à la limite du supportable. Ainsi le grand père assouvit par exemple ses pulsions sexuelles dans des lieux crades, comme les toilettes extérieures, cintrées de bois putréfié, dans les noeuds duquel il glisse de la graisse d’animaux, ainsi que... son propre "noeud". Puis il se délecte des restes d'un cochon découpé, dont les morceaux, étalés dans une baignoire l'attirent au plus haut point. Le père, lui, s'adonnent aux vomissements à répétitions, aussi affriolantes que ses ingurgitations inconsidérées et hors normes. Enfin le fils s'amuse à recoudre ses propres plaies, ce qui devrait faire tourner de l'oeil plus des spectateurs les plus sensibles.

Pourtant, il se dégage de "Taxidermie" quelque chose de fascinant. Peut être parce que le réalisateur ose justement tout, s'adonnant à l'excès et se permettant des scènes virtuoses, comme par exemple celle où la caméra tourne verticalement autour de la baignoire, résumant un ensemble de moments clés, par différents contenus successifs, que l’on retrouve au cœur de la première histoire (l'enfant dans le berceau, la nourriture dans la mangeoire, la viande dans le récipient, les filles nues dans leur bain…).

Par son étrange récit, Gyorgy Palfi nous offre en tous cas une série de vision de la performance, et donc des affres de la création artistique, et de la réussite personnelle ou publique qui va avec. Rarement film aura aussi légitimement eu sa place dans la section « Un certain regard » du festival de Cannes. D'autant plus que son dossier de presse ressemble à une tranche de viande empaquetée sous cellophane! Un grand choc et un vrai voyage dans les tripes de l'être humain.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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