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SUR LE CHEMIN DES DUNES

Un film de Bavo Defurne

Un bonbon doux-amer

Fin des années 1960, en Belgique. Élevé par une mère volage, le petit Pim passe le plus clair de son temps chez ses voisins, une famille également mono-parentale. C’est là qu’il se lie d’amitié avec Gino, l’aîné. À mesure que les deux garçons grandissent, leur relation change. Mais très vite, ce petit monde dans lequel Pim se sent si bien, bascule : Gino part se fiancer avec une jeune Française rencontrée à la frontière, tandis que la mère de Pim accueille un beau Gitan qui lui fait tourner la tête…

Assez proche de « La Mertitude des choses » (de Felix Van Groeningen) dans son propos sur la solitude adolescente, mais beaucoup plus doux dans sa forme et son issue, « Sur le chemin des dunes » est un bonbon cinématographique au goût doux-amer. Cheveux blonds et visage poupon, Pim, que l’on voit d’abord enfant puis adolescent, fait abstraction de la cruauté du monde réel pour se réfugier dans un univers qu’il s’est construit tout seul. Son quotidien, aussi monotone soit-il, se voit ainsi truffé de petits moments de bonheur : ses visites quotidiennes à la famille de Gino en prétextant d’apporter le journal, une boîte à souvenirs dans laquelle il conserve ses objets fétiches, ses séances de travestissement avec les accessoires de sa mère, ex-reine de beauté, qui préfère sortir au bras de son amant que s’occuper de son fils… Cette vision subjective, le jeune réalisateur belge la délivre avec beaucoup de délicatesse, jouant habilement des contrastes du paysage (à la fois désertique et follement poétique) et de l’aspect patiné so 60’s de l’image (façon Erwin Olaf).

Le film n’est pas exempt de défauts : une évanescence qui tire sur la longueur, une surenchère formelle pas toujours justifiée. Mais sa façon de se pencher sur les désirs de son protagoniste, jeune garçon amoureux et rêveur, est absolument charmante, limite anachronique. La façon dont l’homosexualité de Pim est explorée, c’est-à-dire à travers une approche naturelle et décomplexée du sentiment amoureux, apporte une fraîcheur rare, dans un cinéma contemporain où la découverte de l’amour est souvent bien tourmentée. Aussi, il suffit de deux scènes, l’une au creux d’une tente par un temps agité (façon « Brokeback Mountain »), l’autre dans les hautes herbes d’un bord de lac, pour renouer avec ce que l’émoi adolescent a de plus beau et de plus cinématographique. Deux scènes suspendues qui ne laisseront personne indifférent.

Primé à Montréal et à Rome, « Sur le chemin des dunes » n’est pas le film du siècle, mais un joli récit sur l’enfance comme on n’en voit plus. Il confirme tout le bien que l’on pense du cinéma belge, régulièrement bien inspiré, et offre un plaisir qu’on ne saurait bouder.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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