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STILL LIFE

Un film de Jia Zhangke

La Chine confrontée à des mutations galopantes

Un père recherche sa fille. Venant d’une autre province, il se rend à l’adresse indiquée et s’aperçoit que la rue est aujourd’hui située… sous l’eau. Une infirmière cherche également à retrouver son mari parti depuis deux ans…

L'intrigue de "Still life", lion d'or au dernier festival de Venise, tourne autour de la réalisation du fameux barrage des trois gorges qui a commencé à engloutir des centaines de milliers d'habitation, et de ses conséquences sur la vie des chinois. La chose prend avec ce film une réalité aussi palpable qu'effrayante au travers de deux histoires croisées. Le déplacement des populations déchire des familles, les maisons sont détruites par des hommes employés par le gouvernement et les derniers récalcitrants chassés par la force. Inquiétant élément annonciateur d'une réalité à venir, les cotes des niveaux des eaux sont indiquées périodiquement à même les murs des maisons qui bientôt ne seront plus. Comme une épée de Damoclès, ces signes parcourent le film comme un inquiétant arrière plan à deux histoires très personnelles.

"Still life" est principalement le touchant portrait d'un "immigré" en son propre pays (il a simplement changé de province), exploité pour faire de l'argent, mal accueilli, et employé à de basses besognes. Il doit beaucoup à son interprète principal, Sanming Han. Rapidement l'on s'aperçoit que rien ne pourra le détourner de son objectif, qui passe après pourtant après les desiderata des gens qui l'entourent et l'exploitent. La déshumanisation du pays et de ses habitants devenus uniquement des rouages d'un mécanisme de production (ici de destruction) collective a rarement été aussi bien montrée. Un véritable témoignage sur de mutations galopantes, qui s'avère des plus touchants.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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