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STELLA, UNE VIE ALLEMANDE

Un film de Kilian Riedhof

Se heurter à la dualité humaine

La vie de Stella Goldschlag, chanteuse de jazz Juive devenue une collaboratrice active du régime nazi dès 1943. Surnommée « Greifer » (le grappin), elle est responsable d’un grand nombre de rafles par la Gestapo (entre 600 et 3000 juifs déportés)…

Dès l’affiche, le film annonce la couleur : Stella, magnifiquement incarnée par Paul Beer, fait face au spectateur, seule, et le fixe droit dans les yeux. Fier, impassible, mais soucieux, son regard cherche dans la foule qui sera capturé, bouleversé et dont la vie sera changée par la force de sa volonté. Le spectateur est à la fois captif et juge de cette femme aux yeux perçants, ne pouvant être que perturbé et impuissant face à la violence ambiante. Si sa dualité psychique (une sans-cœur parfois sensible) est trop poussée dans certaines scènes, rendant le personnage opaque à toute interprétation psychologique. Elle permet de montrer la complexité d’une femme oscillant entre humanité et monstruosité. Ombre inversée de Rachel Stein de "Black Book" de Paul Verhoeven, c’est un personnage tiraillé, hanté par la peur de mourir dans les camps et déchu de son rêve d’être chanteuse à Broadway, qui ne cesse d’aller que de mauvaises rencontres en mauvaises rencontres (Rolf, un faussaire, les chefs nazis…). Tantôt torturée par les nazis, tantôt malmenée par les hommes ou par les Juifs, elle finit par user de ses charmes pour reprendre sa vie en main et se sauver elle-même.

Comme dans "The Reader", "Stella, une vie allemande" questionne la place de ces femmes énigmatiques et uniques (une Juive collabo) qui se sont alliées au IIIème Reich. Allant de paire avec le devoir de mémoire, ce film rappelle que l’histoire n’est pas monolithique et que tous les Juifs n’ont pas été des victimes, comme tous les Allemands, des nazis. Interrogeant la moralité et cherchant à faire réagir le spectateur, il ne pose pas de jugement mais raconte seulement une histoire (ce qui peut être un positionnement contestable). Malgré les quelques largesses historiques prise concernant la vie de Stella Goldschlag, il s’attaque à une anti-héroïne atypique dont le cas n’avait encore jamais été traité au cinéma.

Si Paula Beer avait déjà marqué le paysage cinématographique allemand ("Ondine", "Transit") et français ("Frantz"), son retour avec un film aussi puissant rappelle son indéniable talent dans le registre dramatique. Assurant des scènes de violence inouïes avec une grande authenticité, son duo avec Jannis Niewöhner fait froid dans le dos. Un film a ne pas louper, pour lequel il vaut mieux cependant être préparé...

Adam GrassotEnvoyer un message au rédacteur

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