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LE SOUFFLE

Un film de

Un premier film fascinant

Un homme et sa fille vivent paisiblement dans une petite ferme, isolée au cœur des vastes steppes du Kazakhstan. Deux garçons, un Moscovite et un Kazakh, se disputent le cœur de la jeune fille. Mais au même moment, la tranquillité de ce petit monde menace de se briser en raison de nombreuses visites de militaires, venus inspecter les lieux pour une raison inexpliquée…

Quand ils ne sont pas de simples tâcherons désireux de connaître le succès à tout prix, force est de constater que les jeunes cinéastes aiment surtout s’aventurer vers des terrains tantôt inconnus, tantôt peu labourés par leurs prédécesseurs. Tel est le sentiment qui nous parcourt à la fin du visionnage du premier film d’Alexander Kott, lequel n’a pas choisi la facilité : un film muet, pictural et entièrement contemplatif, centré sur un contexte peu exploité au cinéma (les steppes kazakhs), qui distille ses informations au compte-gouttes jusqu’à une surprise finale qui éclaire tout (pas de bol, la bande-annonce du film et même la scène d’ouverture l’avaient déjà révélée…). En somme, "Le Souffle", c’est un peu du Béla Tarr en moins austère, en plus lumineux et dont le sens de l’esthétisme s’avère si fascinant qu’il en devient le vecteur d’une réflexion métaphysique sur l’homme par rapport à l’espace.

Les éléments du scénario n’ont strictement rien d’original, entre une relation père-fille comme il en pullule tant et un énième trio amoureux à la "Jules et Jim". Seul le style contemplatif du cinéaste, totalement abouti d’un bout à l’autre, fait la valeur de ce premier film. D’abord parce qu’il est toujours agréable de tomber sur de jeunes cinéastes qui semblent nés avec une caméra dans l’œil (ici, un plan = une idée), ensuite parce que l’approche introspective et minimaliste du film nous invite à pénétrer un territoire inconnu avec un vrai sens de la curiosité et de l’envoûtement (le montage est si hypnotique qu’on ne s’ennuie jamais), enfin parce que le vrai sujet du film – les essais nucléaires pratiqués par l’URSS sur les plaines du Kazakhstan entre 1949 et 1989 – ne révèle sa présence que lors de l’hallucinant cataclysme final.

De ce fait, Kott nous fait adopter le regard de ces fermiers kazakhs, isolés dans un havre de tranquillité à l’horizon infini, subissant la présence de signes perturbateurs sans obtenir d’explication, et ne comprenant finalement le pourquoi du comment qu’au moment de leur dernier souffle. De quoi rester… soufflé.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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