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LES SORCIÈRES DE ZUGARRAMURDI

Inégal

Après avoir braqué un bureau de rachat d'objets en or en plein centre de Madrid, une bande de voleurs en herbe se retrouve en fuite. Espérant franchir la frontière française, ils font une escale forcée dans le petit village des Pyrénées dénommé Zugarramurdi, où ils sont hébergés par trois étranges femmes...

Le nouveau long-métrage d'Álex de la Iglesia, présenté au dernier Festival de San Sebastián, bénéficie, après un étrange prologue avec les trois sorcières, d'une ouverture plutôt sympathique, où l'on voit des artistes déguisées, pouvant apparaître régulièrement au niveau de la Puerta del sol (place principale de Madrid), tels un petit soldat de plastique vert, ou un Bob l'éponge, braquer une « Tienda de oro » et s'enfuir tant bien que mal. De ce braquage plutôt surréaliste, visant le symbole de cette crise économique qui frappe si durement l'Espagne, ces magasins qui rachètent les bijoux et autres valeurs d'espagnols en difficultés d'argent ayant fleuri dans presque toutes les villes, de la Iglesia fait le point de départ prometteur de son dernier long, qu'on peut penser un instant comme un brûlot politique.

Bien sûr, la crise perdure tout au long du film, en légère toile de fond, avec la situation économique de chacun des personnages, et la description d'une Espagne reculée, aux relents de barrière franquiste. Cependant "Les sorcières de Zagarramurdi" apparaît vite comme une comédie barrée, nos héros étant non seulement poursuivis par la police, mais aussi par la femme de l'un d'eux, avant d'être séquestrés par un trio de femmes incontrôlables. N'ayant pas perdu son caractère provocateur, le réalisateur ajoute d'emblée à sa troupe un gamin, jouant au braqueur avec de vrais armes, car embringué par son papa, paradoxalement désireux d'en avoir la garde partagée.

Mais globalement, exit la préoccupation économique au profit d'un autre sujet principal, certes enclin à plus de sulfureux et de plaisanteries graveleuses, que sont les relations hommes-femmes. En filigrane, de la Iglesia épingle le caractère castrateur de certaines épouses, la soif de contrôle des femmes, leur pouvoir de séduction (voir la vamp de petite fille, assoiffée de sexe autant que de sang...) tout comme l'insouciance et l'irresponsabilité des hommes. Laissant de côté les allusions politiques (les portraits de Thatcher ou d’Angela Merkel insérés parmi des photos de sorcières au générique de début...), il évoque au travers des destins et âges de ses personnages, l'évolution des préoccupations des hommes et femmes au fil de la vie, dans leurs rapports de couples. Il donne ainsi naissance à une grandguignolesque deuxième partie – certes parfaitement assumée par celui qui fut le réalisateur de "Le jour de la bête" ou "Balada triste", et qu'on sait donc habitué à faire partir son intrigue en vrille et aux incursions dans le gore – qui réjouira les fans de l'auteur, mais risque de dérouter les novices et de bien vite lasser les amateurs.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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