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SOLO

Un film de Artemio Benki
Avec

Attention émotion

Martín Perino est un pianiste argentin. Enfant prodige, il a sombré dans la drogue, et suite à sept overdoses, il fut interné dans un hôpital psychiatrique. Il en sort aujourd’hui et tente de réintégrer la vie, recommencer à jouer, et faire la seule chose importante pour lui, sa raison d’être : se produire et partager sa musique…

Solo 2019 film documentaire image

"Solo" est un documentaire sans fard. Martín Perino accepte de se faire filmer dans tous les états. Encore sous traitement lourd, il est parfois apathique, à la limite de l’incohérence. Mais la caméra ne se fait jamais voyeur. Fonctionnant toujours comme un aidant, elle suit sa convalescence et sa remontée progressive. Au fur et à mesure des interactions, l’homme se dévoile et témoigne du chemin parcouru et de ce qu’il en retire. C’est stupéfait qu’on apprend que quelques mois avant le début du film, il était agoraphobe et ne pouvait sortir de sa chambre.

L’homme livre un témoignage vibrant sur la force qu’a la volonté dans le rétablissement. Il a voulu aller mieux. Il a voulu reprendre la musique et faire une nouvelle œuvre inspirée de son état et de ce qu’il a vécu. Cette œuvre, c’est "Infermeria" dont on peut entendre et voir des extraits, car c’est une œuvre à la fois musicale et dansée (avec María Madarieta). Le montage du film, qui ne suit pas exactement un ordre chronologique, montre les va-et-viens d'un homme qui tente de s'en sortir et qui ne lâche rien. Le pianiste n'hésite pas à témoigner de son cheminement intellectuel né de son internement.

Ainsi le film et cet homme, énorme et pourtant si délicat, ce paradoxe vivant, livrent quelques bribes de sagesse, sa sagesse, née de ses souffrances et de son cheminement. Par exemple, l'idée que dans l'enfant prodige il faut tuer le prodige et garder l'enfance, sous peine de s'aliéner. Mais aussi qu'il faut se laisser aller, ne pas être trop rigide, contempler sans être maître. Car trop de rigidité bloque l'esprit et le paralyse, ce qui conduit à la peur. Peur de tout, aussi bien de bien faire que de mal faire.

"Solo" c'est ce portrait d'un pianiste qui veut s'en sortir. Il y a beaucoup de musique, beaucoup de répétitions, beaucoup d'échanges aussi, avec des gens que l'on n’attendrait pas forcément face à un soliste classique. Extrêmement touchants, certains moments du film dépassent la fiction. En témoigne la scène complètement folle de sa première représentation en costume après sa sortie. L’homme, que l’on croit quasiment aveugle, ralentit, fait preuve d’une répartie folle, d’une douceur et d’une sensibilité que rien dans son corps ne laisserait présager.

Qui aurait pu imaginer que la caméra pourrait capter ce qui se passe lors de sa première représentation officielle, en société ? Qui aurait pu imaginer sa réaction et son trait d’esprit sublime, « je vais vous jouer quelque chose de moins romantique maintenant » ? La caméra d'Artemio Benki saisit à l'intérieur du réel, des moments qui dépassent la fiction.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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