Parce qu'on en a jamais assez !

LE SOLEIL SE LEVE AUSSI

Obscure, mais aussi brillant que magique

En 1976, en Chine du Sud, une jeune veuve devient folle après avoir perdu des chaussons rouges, en forme de poissons, dont elle avait rêvé. Son fils passe son temps à la surveiller, alors qu'elle grimpe à un arbre pour hurler, qu'elle creuse un puits, ou qu'elle construit un mystérieux abri en pierres...

« Le soleil se lève aussi » est le nouveau film du réalisateur des « Démons à ma porte », Jiang Wen, aussi connu pour être un excellent acteur (« Le Sorgho rouge », « Le palanquin des larmes »...). Présenté en compétition à Venise en 2007 et dans le cadre du Panorama du festival asiatique de Deauville 2008, cet étrange conté, aussi loufoque que poétique et rythmé, en a dérouté plus d'un. Jiang Wen y fait preuve d'un sens de l'humour qui passe beaucoup par le visuel, l'absurde et le comique de répétition. Approchant les thèmes de l'exclusion et la persécution au travers de deux destins (celui d'une mère supposée folle et celui d'un professeur qui passe avec un ami, pour un pervers), il fait se rencontrer ses deux histoires distinctes dans une troisième partie malheureusement moins drôle et bien obscure, avant un final onirique lui aussi peu facilement accessible.

Le film est divisé en quatre chapitre, divisant la Chine en quatre contrées cardinales, et expliquant dans la quatrième partie (située en 1958), les unions qui donnèrent la vie, cette vie qui se doit d'être légère et festive, comme ce soleil qui se lève, tel une bulle de savon, détachée du sol. Tout au long du film, les idées de cinéma et le rythme ne manquent pas, le traitement de l'image renvoyant un monde campagnard coloré et chaud face à un monde de la ville assez terne, fait de gris et de drapés blancs. Le fond politique n'est pas absent, pointant l'exclusion des bons vivants (appelés fous ou pervers), sur fond de rééducation et donc de révolution culturelle.

Le film demanderait à être décrypté plus avant. Mais on peut également le savourer comme un grand rêve un peu fou, aux ambiances différentes, magnifiées par la photographie et portées par des interprètes habités, qu'il s'agisse de Jiang Wen (professeur de chimie, féru de chasse et de trompette), de Zhou Yun (mère fantomatique fouteuse de claques, qui sait naviguer sur des « bouts » de rives), de Anthony Wong (professeur chanteur sur béquilles) ou de la revenante Joan Chen (infirmière nymphomane). Au final, « Le soleil se lève aussi » se révèle être une sublime histoire d'amour, bercée par une des meilleures musiques jamais signée par Joe Hisaishi.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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