LE SERMENT DE TOBROUK

Un homme qui aurait fait l'Histoire

En février 2011, après la Tunisie et l’Égypte, c’est au tour de la Libye de connaître ses premières émeutes. Bernard-Henri Levy, parti initialement sur place pour faire un reportage pour plusieurs journaux français et internationaux, donne à voir les dessous diplomatiques d’une guerre qui dura plus de six mois…

Chapitré par dates, reliant entre eux les événements clés de la révolution libyenne, BHL se met en scène sous le regard du photographe Marc Roussel, retraçant grâce à la "position caméra" (5D) de son appareil photo, un processus complexe, fait à la fois d'étapes de terrains d'une guerre civile, et du cheminement diplomatique international qui se déroule en parallèle. Le récit débute en mars 2011 avec la rafle des casques jaunes, représailles téléguidées par un tyran (Mouammar Kadhafi) qui a toujours su faire de sa capacité de répression un symbole de son pouvoir tout puissant, allant jusqu'à commémorer chaque 7 avril l'écrasement de la révolte étudiante de 1977 par une série de pendaisons publiques...

La structure semble a priori claire et linéaire. Mais rapidement, la voix-off, omniprésente, clinquante et avide de belles envolées, recentre le déroulé sur son vrai sujet : la capacité d'un homme, ayant une haute conception de la liberté et de la démocratie, autant que de ses propres gestes, de convaincre les politiques, jusque-là frileux, Nicolas Sarkozy et David Cameron en tête, de reconnaître la légitimité du soulèvement. S'enchaînent alors de longs apartés sur l'action de BHL lui-même, retraçant les échecs des mêmes tentatives de mobilisations en Bosnie et Afghanistan, mais louant la démarche de l'homme et de ses quelques usuels complices. Démarche dont la victoire prendra au fil du récit presque plus d'importance que le presque anecdotique conflit qui se déroule en fond, les décisionnaires de cette guerre devenant autant d'acteurs en apparence dirigés par le réalisateur lui-même jusque dans leurs gestes symboliques (la répétition du Serment de Koufra, une oasis libyenne où la Colonne Leclerc avait juré de ne jamais déposer les armes avant la victoire, ceci suite à l'une des premières victoires de la France Libre durant la Seconde guerre mondiale).

Si Bernard-Henri Lévy utilise au début de belles paraboles, comme celle du téléphone portable, devenu une sorte de "lanterne magique", arme fondamentale de la révolution chargée de réveiller tout un peuple par les images envoyées, son film s'enlise rapidement dans une ode à l'interventionnisme individuel, au témoin devenu acteur, aussi agaçante que captivante. L'action individuelle peut-elle être finalement légitime quand les politiques sont soumis à toutes sortes de pressions et d'intérêts d’État ? Qui est alors le héros, entre combattant et diplomate ? Loin du ton philosophique et finement écrit de certaines de ses conférences (voir le magnifique extrait que l'on entend dans "Le fils du marchand d'olives" décrivant le génocide comme visant au crime parfait, effaçant toute trace ou mémoire), "Le serment de Tobrouk" épuise par sa narration autant qu'il intéresse sur le fond et qu'il interroge sur la notion d'altruisme.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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