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THE SECRET DIARIES OF MISS ANNE LISTER

Un film de James Kent

Sujet et cœur sensibles

Au dix-neuvième siècle, Anne Lister, orpheline, est élevée par son oncle et sa tante, qui aimeraient bien lui trouver un mari digne de ce nom. Mais celle-ci est clairement attirée par les femmes, et a d'ailleurs une liaison avec son amie Mariana...

Ce téléfilm britannique, en costume, est une histoire d'amour au féminin, dans l'Angleterre victorienne pourrait être considéré comme l'équivalent lesbien de « Maurice » de James Ivory, un cran en dessous. Situé dans les milieux de l'aristocratie anglaise, la principale différent provient du fait qu'il n'est point question ici d'assumer son homosexualité, puisque l'héroïne semble parfaitement consciente de sa nature, mais plutôt de se construire une vie d'aristocrate compatible avec celle-ci. Et ceci sera bien difficile pour la pauvre Anne, plongée dans une société dirigée par les réputations... et par les hommes.

Le film nous propose justement, en contrepoint, quelques séduisants portraits de femmes, qui se plient ou non aux obligations de l'époque. Et il s'agit surtout de quatre d'entre elles, celles qui ont fait un choix. Il y a Anne, entreprenante, qui veut « partager sa vie avec quelqu'un ». Il y a son ex, « Tibs », vagabonde et sans attache hormis Anne, et qui se sent exclue. Il y a l'amour envolé, Mariana, qui a voulu le confort du mari. Enfin, il y a la nouvelle conquête, timide, qui lutte contre sa peur. Entre elles, nous assistons à des retrouvailles, des déchirements, des disputes, des complicités intimes. Les mains se frôlent, l'érotisme est feutré, fait de robes et gaines encombrantes, de draps froissés, de douceur. Et la photo qui accompagne leurs ébats, elle aussi est d'une douceur matinée d'un léger aspect brumeux, à l'image de la campagne anglaise.

Ces carnets secrets, Anne les rédige dans son coin. Elle y met ses désirs, ses frustrations, ses pulsions. Tout ce qu'elle ne peut pas exprimer en public. Et pourtant, effrontée, elle n'hésite pas à manier la franchise et le mensonge, face aux femmes ou aux hommes de son rang. Et cela donne quelques scènes amusantes en apparence, mais que dangereuses sur le fond. Prendre le thé avec des amies devient une gageure cousue de dialogues et questions aux sous-entendus assassins. Discuter avec le nouveau grand propriétaire voisin devient un affrontement d'homme à homme. Et l'universalité du personnage touche, symbolisant, au delà de l'aspect mono-sexuel de ses histoires d'amour, la lutte des femmes pour faire reconnaître leur intelligence et leurs capacités, indépendamment de l'homme.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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