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LA SAVEUR DES RAMEN

Un film de Eric Khoo

La cuisine comme vecteur de mémoire

A la mort de son père, cuisinier, Masato, jeune chef de Ramen au Japon, décide de se rendre enfin à Singapour, sur les traces de sa mère. Il entreprend alors un voyage culinaire, pour notamment retrouver le goût des plats que lui autrefois cuisinait celle-ci. Mais une fois sur place, il doit faire face à de lourds secrets familiaux…

Découvert au dernier Festival de Berlin du côté de la section "culinaire", dédiée aux films traitant de nourriture ou de cuisine, le sublime "La saveur des Ramen Teh" aura fait les beaux jours des cinémas des cotes françaises, accompagné de dégustations de cette spécialité japonaise, avant de trouver enfin de la chemin des salles françaises. Importés de Chine au début du XXe siècle et constitués de pâtes plongées dans un bouillon à base de poisson ou de viande, et souvent assaisonnés au miso ou à la sauce soja, ceux-ci, omniprésents au fil du métrage, ne manqueront pas de provoquer chez le spectateur, une fringale irrésistible.

Côté cinéma, ce bouleversant voyage à Singapour d'un fils de cuisinier japonais, récemment décédé, devrait pleinement rassasier les cinéphiles. Avec un tact digne des meilleurs Kore-Eda ou des "Délices de Tokyo" de Naomi Kawase, le réalisateur parvient à mêler une recherche culinaire et familiale. A partir du journal intime de cette mère disparue, dont les souvenirs rassurants et d’une douceur infinie sont retranscrits par de tendre flashs-back bien positionnés, le personnage va aller de lieu en lieu, découvrant ou renouant avec diverses personnes de sa famille.

Avec en toile de fond le sujet plus grave du souvenir de l'occupation japonaise, c’est un voyage dans une autre culture culinaire qui s’esquisse, doublé d’un désir de métissage et de réconciliation, qui ne peut être porté que par les jeunes générations. Des plus émouvants, "Ramen Teh" séduit sans mal, grâce à un romantisme délicat, qui infuse peu à peu, un scénario et des personnages résolument bienveillants, et une musique envoûtante. Ce nouveau film d’Eric Khoo, qui nous avait habitué à de jolies chroniques ou divagations emplies des cultures de différents pays d'Asie ("My magic", "Be with me") est une vraie réussite, dont on ressort certes affamé, mais surtout hanté par un profond désir de réconciliation. A ne surtout pas manquer.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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