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SAFETY NOT GUARANTEED

Un film de Colin Trevorrow

Un long métrage original et inclassable pour une exploration de divers genres

Trois journalistes en manque d’inspiration se voient confier la mission d’enquêter sur l’auteur d’une mystérieuse annonce, à la recherche d’un compagnon de route pour un voyage dans le temps. Les trois protagonistes se retrouvent au milieu d’une affaire bien plus sérieuse qu’ils l’avaient imaginée, les rires laissant place à l’investigation...

« Safety not Guaranteed » a commencé à se faire un nom en ravissant les festivaliers de plusieurs évènements destinés au cinéma indépendant mais c’est véritablement à Sundance que la réputation et le buzz autour du métrage ont été amorcés. Le métrage repart avec le prix du scénario du prestigieux festival et consacre les frères Duplass (réalisateurs de « Cyrus » notamment et producteurs exécutifs ici) comme des valeurs montantes de la scène indépendante américaine. En dépit du fait qu’il soit réalisé par l’inconnue Colin Trevorrow, les espoirs placés en la qualité du projet étaient donc importants. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’originalité et le vent de fraîcheur qui anime la pellicule, parviennent à combler nos espérances. Alors que de nombreux métrages se sont perdus à vouloir naviguer entre plusieurs genres, celui-ci, au contraire, tire toute sa force de ce savoureux mélange d’atmosphères, aux ingrédients multiples : la comédie, la romance, le thriller, le drame, le policier, le tout saupoudré d’un arrière-plan de science-fiction. Malgré l’abondance de pistes explorées, l’ensemble demeure cohérent, chaque partie de l’intrigue s’inscrivant parfaitement dans ce puzzle scénaristique.

La qualité du scénario est indéniable, dessinant habilement le portrait de personnages complexes. Ainsi, Kenneth Calloway (interprété avec brio par Mark Duplass) prend les traits d’un mélange de John Rambo et d’un éternel enfant, entre rêveur incorrigible et homme désabusé par la réalité. Insaisissables, la plupart des protagonistes le sont, comme Darius Britt, tantôt guerrière tantôt princesse, qui aspire à s’échapper de ce monde, à s’émanciper de son travail alors qu’elle lui consacre pourtant tout son temps. Les contradictions et les maux intérieurs sont les moteurs des personnages, chacun étant pourvu d’ambitions autres que sa dévotion journalistique pour se lancer, à cœur ouvert, dans cette aventure. La force du métrage tient également en sa capacité à duper le spectateur, à le déstabiliser pour que la véracité de l’existence d’une machine à remonter le temps soit toujours une hypothèse, pour qu’on ne sache jamais à quoi se rattacher, pour que la raison laisse sa place à une douce folie.

Le scénario parvient également à jouer avec les codes traditionnels des genres cinématographiques, en malaxant sa matière première, générant un capharnaüm totalement maîtrisé. Ainsi, l’éternel dragueur, symbole des comédies romantiques, qui se range après avoir rencontré la femme de sa vie, en prend pour son grade à travers le personnage de Jeff, dont les déboires vont être la source de nombreux fous-rires mais aussi de quelques moments d’émotions. La scène tant attendue de la chanson auprès du feu est elle aussi détournée, la guitare étant remplacée par un instrument bien plus original. Et on pourrait continuer inlassablement la liste tant les exemples sont légion. De plus, le métrage ne laisse aucune place aux faux-semblant, une sincérité étincelante se dégageant de chaque plan.

S’inspirant d’une histoire vraie, le projet bénéficiait de cet avantage de posséder un point de départ avec un gros potentiel. Néanmoins, il ne faut surtout pas négliger le travail fourni par les scénaristes pour transcender le propos initial et transposer l’histoire dans un monde surprenant, dans un mélange des genres déconcertant mais tant agréable. Il ne faut pas non plus gommer le talent de la réalisatrice qui parvient à animer, avec brio, les mots des auteurs, donnant vie à quelques moments d’une beauté inattendue, où l’esthétisme se confond presque magiquement avec cette réalité à laquelle on veut croire. Si la fin risque de décevoir quelques-uns, elle est le miroir de ce film : inattendue et étonnante.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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