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LA REVELATION

Des difficultés de condamner des coupables

Après l'arrestation musclée d'un présumé criminel de guerre serbe, une procureur du tribunal international de La Haye est chargée d'instruire le dossier. Elle découvre alors un témoin providentiel en la personne d'un jeune homme...

Après une très efficace scène d'ouverture, dans laquelle un homme pensant être suivi essaye de semer une voiture noire, puis se fait arrêter en pleine nuit chez lui par la police, « Storm » se transforme en un film plutôt clinique, thriller politique et judiciaire parfaitement maîtrisé. Kerry Fox y interprète une procureur à la cour européenne de justice de La Hague, chargée de faire condamner l'homme en question, Serbe soupçonné des pires atrocités, et qui risque de perdre son dossier à cause d'un témoignage falsifié, faute de courage, bien compréhensible, du véritable témoin.

D'intrusions dans la vie des proches du témoin en menaces répétées sur les divers témoins, le film parle avec efficacité de la loi du silence qui règne dans les pays d'ex-Yougoslavie, et du désir légitime de laisser derrière soi certains évènements douloureux du passé. Il se concentre sur le récit de femmes enlevées, embarquées de forces dans des bus, pour une destination inconnue, ou de complexe transformé en hôtel de luxe, lieu de toutes les tortures. Personne sur place ne semble vouloir se souvenir, les intérêts financiers et la mainmise de la mafia étant suffisants pour persuader de ne pas parler. Et le réalisateur n'a pas besoin de montrer les atrocités, ni les refus de témoignage pour convaincre, il terrifie en montrant des lieux vides, toujours sans vie apparente.

Au milieu de nombreux autres thrillers à l'échelle des organisations internationale (« L'enquête », « Jeux de pouvoir »...), ce film a le mérite de gratter là où ça fait mal, en posant clairement la question de l'utilité de certaines institutions, qu'il s'agisse de la cour de justice ou de l'Union européenne elle-même, impuissantes à faire condamner les coupables et, pire, à protéger les témoins. Son scénario confirme avec force le poids de la politique, le dévoiement de la diplomatie, face à la persistance d'un certain idéalisme. Deux conceptions du futur y sont mises en évidence: celle de la régularisation par l'entrée dans l'Europe (avec la volonté de vivre enfin comme les autres), mais en ignorant les mafieux, et celle de la punition des profiteurs de guerre et des auteurs de tortures. Kerry Fox est ici très convaincante, comme l'interprète de la soeur du témoin, Anamaria Marinca (« 4 mois, 3 semaines et 2 jours »), formidable de colère et de fragilité. Celle-ci évolue au fil du film, comme se libérant progressivement d'un poids.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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