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RÉSISTANCE NATURELLE

Pas un grand cru, hélas...

Dix ans après "Mondovino", le réalisateur Jonathan Nossiter part à la rencontre d’une poignée de vignerons qui partagent leur passion du vin et du cinéma en compagnie d’un directeur de la Cinémathèque. Un lien les relie tous : le goût de la liberté, la transmission de leur savoir et le respect du travail artisanal, tous engagés contre la tyrannie du marché et des gouvernements…

Le fait de voir Jonathan Nossiter revenir au documentaire viticole dix ans après "Mondovino" avait de quoi intriguer, tant le réalisateur donnait l’impression d’avoir déjà fait le tour de la question sur un tel sujet. À vrai dire, "Résistance naturelle" lui permet d’accentuer et d’élargir l’un des points déjà soulevés dans "Mondovino" : le combat des vignerons locaux contre les multinationales, qu’il n’hésite pas à assimiler à une nouvelle forme de résistance anticapitaliste. Ce qui fait la spécificité de ce nouveau film, ce n’est pas tant le fait de lire ce combat quotidien sous un angle assez prévisible (en gros, c’est le fait d’engendrer le progrès par des voies naturelles qui favorise le respect des traditions), mais davantage le parallèle que Nossiter se plait à installer avec l’évolution du 7ème Art, confronté lui aussi à des bouleversements économiques sans précédent.

Ce genre de prisme, aussi casse-gueule que foncièrement intéressant, se révèle être une fausse bonne idée. Certes, Nossiter fait preuve de justesse dans son ode au vin et à la nature, encourage le débat sur la préservation du patrimoine pour les jeunes générations, documente son sujet au maximum et révèle de grandes qualités humaines chez chacun de ses intervenants. Avec une phrase simple qui résume tout : « Sans passé, pas de présent ». C’est malheureusement son découpage narratif, élaboré au travers du parallèle entre cinéma et viticulture, qui menace de faire s’effondrer tout le film. Par exemple, on peine à saisir le sens de ces extraits de "Max mon amour" de Nagisa Oshima (une love story entre Charlotte Rampling et un chimpanzé !) ou du "Crime était presque parfait" d’Alfred Hitchcock (la scène de strangulation sur Grace Kelly), qui surgissent sans crier gare au beau milieu d’une conversation ou d’une scène sans aucun rapport avec eux. Et si l’on sent parfois une idée qui pourrait faire figure de lien, elle est très vite cassée par un montage instable et décousu qui a vite fait de nous laisser circonspect face au film.

Le manque de subtilité et de fluidité dans le rythme (déjà assez lent) et la narration (de plus en plus bordélique) est clairement ce qui empêche Nossiter de livrer un documentaire d’une logique absolue. Ce mélange d’extraits et d’entretiens ne s’harmonise donc jamais, même si le sujet et les discussions abordées arrivent tant bien que mal à maintenir l’attention. Avec le très goûtu "Rio Sex Comedy", Nossiter avait réussi son retour à la fiction. Son retour au documentaire n’a hélas rien d’un grand cru.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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