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REPO ! THE GENETIC OPERA

Opéra-rock Kamoulox

Dans un futur proche, une épidémie provoquant un dysfonctionnement des organes a fini par dévaster la planète. Plus de dix millions de personnes décèdent à la suite de celle-ci. La panique éclate et les scientifiques établissent fébrilement des plans pour une récolte d’organes. GeneCo, une puissante société de biotechnologie, émerge alors en proposant la transplantation d’organes par profit. Mais en plus des options de financement, GeneCo se réserve le droit d’appliquer des mesures en cas de non paiement, y compris la repossession : ceux qui ne peuvent pas suivre leurs paiements d’organe sont menacés de mort par le fameux « Repo Men », engagé pour récupérer les organes…

Sortie directe en DVD le 24 novembre 2009

Un opéra-rock à l’esthétique très "Sin City" du pauvre, réalisé par le responsable de trois films "Saw" qui porte super bien son nom de famille (Darren Lynn Bousman), avec Paris Hilton et la gamine casse-burnes de "Spy kids" dans les rôles féminins principaux : vous en avez toujours rêvé ?... Non ?... Et bien, ils l’ont quand même fait ! Et force est de reconnaître que le projet avait malgré tout de quoi susciter la curiosité : en effet, depuis "The Rocky Horror Picture Show" en 1975, l’opéra-rock n’avait pas trouvé de dérivé revendiqué en dépit d’une poignée de péloches réjouissantes, souvent d’une rare liberté dans le mauvais goût ("Reefer Madness", "Hedwig and the Angry Inch"…). Mais si le résultat torché par Darren Lynn Bousman a de quoi provoquer de sacrées hallucinations, il frise tellement les limites du raisonnable en terme de numéros musicaux avariés, de personnages tarés et de Grand-Guignol outrancier qu’il risque d’en laisser pas mal sur le carreau.

Adaptation d’une comédie musicale culte conçue par Darren Smith et Terrence Zdunich, "Repo! The Genetic Opera" était un projet de longue date pour Darren Lynn Bousman : pour la petite histoire, le réalisateur de "Saw 2" était déjà metteur en scène de la version théâtrale de cet opéra, et aura dû attendre le succès de trois épisodes de la célèbre saga torture-porn pour que les huiles de LionsGate lui donnent enfin le feu vert pour une adaptation cinématographique. Malgré une telle détermination, on aurait du mal à ne pas voir la chose comme un véritable caprice de réalisateur expert en torture visuelle et sonore, dont les excès d’horreurs sur la saga "Saw" agiraient comme de vilaines métastases soucieuses de pourrir l’organisme. Là, dans l’immédiat, ce sont surtout nos tympans qui vont déguster sévère : lorsque les acteurs « chantent », c’est à peine si l’on n’a pas l’impression d’assister à une pièce de théâtre chantée et improvisée à toute allure par une troupe de comédiens défoncés au crack, tel un mauvais spectacle de Luc Plamondon en mode Batcave.

En effet, à deux ou trois exceptions près, chaque morceau musical atteint des sommets en matière d’atrocité sonore et de verbiage ridicule, tous étant interprétés (ou plutôt, « beuglés ») par des acteurs tellement mauvais et cabotins qu’ils en deviennent progressivement hilarants. Il faut dire que la plupart d’entre eux, y compris les hommes, ont été recouverts d’une couche de gloss jusqu’à ressembler à des femmes (sauf Paris Hilton, qui, elle, ne ressemble à rien), quand ce ne sont pas de ridicules maquillages à la patafix et des costumes pêchés sur le bord d’une autoroute qui leur donnent un look de monstres difformes pour séries Z de Bruno Mattei. Et si Bousman a malgré tout le sens du cadre et du découpage dans certaines scènes, tout les efforts sont gâchés par un filmage d’une incommensurable laideur, résultant d’un usage plus qu’aléatoire du format numérique, qui aura conduit l’étalonneur à abuser des filtres en postproduction, jusqu’à aboutir à une image digitale aussi floue qu’incroyablement dégueulasse.

Le gâchis est d’autant plus édifiant que ce véritable Kamoulox musico-gore suscite paradoxalement une certaine jubilation, et ce en raison de quelques idées bien marrantes. Situé dans un univers futuriste où le trafic d’organes est devenu monnaie courante et où la majorité des personnages sont donc en pièces détachées, le film tente de s’incarner en satire gilliamesque d’une société obsédée par les apparences et le culte du corps. Or, au vu d’une laideur graphique en tous points familière avec celle du monde artificiel qu’il souhaiterait torpiller, le résultat en arrive autant à justifier ce qu’il dénonce (et c’est assez rigolo) qu’à devenir lui-même son propre sujet d’étude, dans un geste méta-textuel plus ou moins conscient (et c’est assez fascinant). Du coup, malgré des qualités de fabrication plus qu’inégales, "Repo! The Genetic Opera" réussira à bien dilater le diaphragme de celui qui saura rire de l’auto-massacre d’un film qui aura réussi à retourner sa cible contre lui-même. Dans tous les cas, pour une fois, Bousman aura au moins tenté quelque chose de peu commun. Ça passe ou ça casse, soyez donc prévenus…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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