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POULET FRITES

Un film de Jean Libon, Yves Hinant

Quand le réel dépasse la fiction

Une scène de crime. Une femme égorgée à l’aide d’un couteau. Un ex-compagnon âgé de 37 ans, toxicomane, qui a déjà passé 16 ans et demi en prison. Réfutant toute responsabilité, l’homme accuse des immigrés qui traînaient dans l’immeuble. Et dans la pièce… des restes de frites…

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Si les auteurs ne souhaitent pas que l’on qualifie leur film de documentaire, malgré sa composition à base d’images d’archives datant d’une vingtaine d’années, jusque-là jamais montées, c’est que "Poulet frites" est avant tout un passionnant polar. Monté à partir d’une centaine d’heures de rushs d’une véritable affaire, ce film de 1h40 suit en effet une équipe d’enquêteurs et une juge dans une affaire de femme égorgée. D’emblée, le principal suspect se trouve être son ex-compagnon, qui n’est autre que boucher de profession. Un coupable idéal, pour une enquête durant laquelle la réalité va en fait rapidement dépasser la fiction.

Co-créateur de l’émission culte franco-belge Striptease, pour laquelle ces images avaient été initialement tournées, Jean Libon s’allie ici une nouvelle fois avec l’un des réalisateurs du programme, Yves Hinant, avec lequel il avait déjà mis en scène un long métrage, "Ni juge ni soumise" en 2018. On retrouve d’ailleurs parmi les personnages principaux, outre les deux inspecteurs, la juge qui en était justement l’héroïne. Reconstituant peu à peu le puzzle des événements, le scénario réserve de multiples rebondissements, mettant en évidence l’absurde apparence de certaines situations, les obstacles rencontrés, le découragement des policiers, le flegme impressionnant de la juge, le tout soutenu par un humour des plus réjouissants.

Mettant en permanence en exergue l’humanité des personnes composant l’institution, comme celle de l’accusé, le film montre autant les moments clés que les détails du quotidien qui rendent le tout tellement plus vrai que nature (la scène du déjeuner avec chips et sandwichs est des plus croustillantes…). Quant au suspect numéro un, malgré des images prises sur le vif, l’évolution de sa posture comme de la manière dont il est filmé, nous donne à voir de façon incroyablement pertinente son ressenti de l’affaire. On rit donc un peu jaune, on se prend réellement au suspense, on est surpris en permanence. Quant au rôle des frites (spécialité belge), explicitant le titre sur le tard, il s’avère à la fois tordant et significatif qu’un détail peut tout changer à la perception d’un contexte.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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