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PLUS JAMAIS SEUL

Un film de Alex Anwandter

Une touchante approche de l'amour paternel

Alors que son fils, homosexuel, commence une relation et s'apprête à passer une importante audition, un père se bat pour que son entreprise survive, en y investissant son propre argent. La communication entre eux n'est pas facile tous les jours, d'autant que le père n'est pas souvent pas à la maison, mais un événement terrible va obliger le père à mieux connaître son fils...

Ce film chilien évoque l'adolescence au travers du portrait fugace d'un jeune homme à la fois plein d'espoir et confronté aux désillusions liées au contexte économique et social. La mise en place est efficace, présentant les deux personnages, leur complicité silencieuse et leur respect mutuel, tout en posant clairement la différence de caractère. Une seule scène suffit d'ailleurs à montrer le fossé entre une entre une génération combative, persuadée d'une possibilité d'ascension et de justice sociale, et l'autre, confrontée à la précarité et la violence, se préparant toujours au pire.

Choisissant de se concentrer sur les relations intimes entre les personnages (le fils et sa meilleure amie, le fils et la voisine envahissante, ou le père et une médecin cynique), le scénario de Alex Anwandter appuie là où ça fait mal et pose la puissance de l'amour paternel en dernier rempart face à un monde à la cruauté frontale, où lâcheté et trahisons font loi. Servi par une mise en scène qui utilise les couleurs ternes des décors, le brouillard lié à la pollution atmosphérique, pour illustrer la tristesse du quotidien, cette rude histoire émeut aux larmes. Usant du principe de la « cocotte minute », en faisant du père un personnage sous pression grandissante, et dont on ignore la propension à exploser réellement, le film réussit à instaurer un sombre suspense.

Plongé dans une ambiance poisseuse où la musique lancinante résonne comme un signal d'alerte, le film crée également un intelligent parallèle entre le métier du père (constructeur de mannequins à la plastique lisse et parfaite) et le devenir du fils. La vie secrète de ce dernier est abordée par bribes, le film évoquant les sorties ou le milieu gay de manière très distanciée, lors de passages où la musique prend tout à coup le dessus sur le bruit d'une foule ou d'un spectacle. Moins timoré concernant la sexualité de ce dernier, "You'll never be alone", utilise le hors champs à bon escient, lorsque la violence se déchaîne. Découvert dans la section Panorama du Festival de Berlin 2016, le film est reparti avec une mention spéciale aux Teddy awards (prix des meilleurs films de thématique LGBT). Un prix fort mérité pour un film tout simplement bouleversant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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