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LA PETITE JERUSALEM

Un film de Karin Albou

Famille et foi

La petite Jérusalem : quartier de Sarcelles où vivent de nombreux immigrés juifs. C’est là qu’habite Laura, jeune fille dont la foi est de plus en plus remise en question par les études de philosophie qu’elle suit avec passion. A ses côtés, sa grande sœur, qui traverse également une période de doutes lorsqu’elle découvre l’infidélité de son mari, mais dont la croyance s’en trouve renforcée. Elles vont, chacune à leur manière, suivre une sorte d’« initiation à la vie », où se mêleront amour, sexualité, religion et rêves…
Affiche du film Julieta

Dans la nuit de la banlieue, une lumière…ou plutôt deux : ceux des visages de Fanny Valette et Elsa Zylberstein, qui illuminent de bout en bout le film de Karin Albou. C’est la première fois que l’on peut voir Fanny Valette, qui interprète Laura avec une justesse assez remarquable pour une jeune actrice. Là où d’autres prennent la pose ou appuient leur jeu, elle se contente de donner chair à son personnage sans jamais tomber dans la caricature, malgré un scénario parfois un peu trop théâtralisant. Tout comme Elsa Zylberstein, qui interprète Mathilde, la sœur aînée, sa beauté semble faire écho à son caractère : brute et pleine de contrastes dont la photographie sait tirer profit.

C’est autour de ces deux personnages féminins qu’est basée La petite Jerusalem, qui est avant tout une histoire de famille. C’est en effet dans la famille que tout semble se jouer, que la mémoire se perpétue, et que les destins, parfois se heurtent. Dans ce cadre passionnel, l’amour le plus inconditionnel tutoie parfois la violence, liée à l’incompréhension. Incompréhension de la sœur aînée face à Laura, dont l’affaiblissement de la foi semble être scellé par sa rencontre avec un musulman. Elle qui se donne corps et âme à la philosophie s’abandonne alors à la passion, quitte à mettre sa santé mentale et même sa vie en danger.

Mais des sœurs, celle qui agit le plus « philosophiquement » n’est pas celle qu’on croît : car même si Mathilde n’entend rien à Kant, elle réagit pourtant d’une façon très raisonnable lorsqu’elle se découvre trompée par son mari. Elle pourrait le quitter, lui reprocher d’avoir trahi les lois divines, mais à l’emportement elle préfère la réflexion : elle se remet en question, accepte les faiblesses de son époux, prend conseil, bref fait tout pour sauver son couple. Ce film est donc tout sauf une énième histoire de guerre des religions ; c’est au particulier, à l’individu qu’il s’intéresse, et c’est déjà pas mal. On regrettera seulement que la qualité des personnages secondaires soit aussi inégale et que le scénario tombe parfois dans le démonstratif. Mais l’essentiel, à savoir l’émotion, y est !

Delphine MuhlbacherEnvoyer un message au rédacteur

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