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PERE, FILS

Une approche presque mythologique de l'amour filial

Un père et son fils partagent un appartement sous les toits, et restent très complices. Le fils, devenu militaire comme son père, a une fiancée qui, jalouse de son rapport avec son père, finit par le quitter...

Disons le tout de suite, le film d'Alexandre Sokourov (Moloch, L'arche Russe…), s'il est bien plus accessible que le précédent, n'en est pas moins un étrange objet, à la fois sensuel, esthétique et relativement hypnotique. Se concentrant essentiellement sur les rapports père - fils, et donc sur ces deux personnages, qui symboliquement, se frôlent, s'enlacent, se rudoient, se battent, se consolent, tels deux coqs, dont on sait au final plus trop qui tient le rôle du géniteur et l'autre celui de l'enfant.

Le plus troublant est de voir la manière dont Sokourov envisage l'amour filiale, passant par des contacts charnels plus qu'équivoquent, mais que l'auteur n'apparente pas à de l'homosexualité. Les corps parfaits des deux interprètes, leur intérêt pour l'allure de l'autre, les regards complices et séducteurs de la part du père envers d'autres militaires, la jalousie prononcée du fils, tout est ici question d'exclusivité, de dépendance. Et du même coup c'est à une émancipation naturelle que nous convie Sokourov, celle du fils, mais aussi celle du père, qui pourra ainsi refaire sa vie.

L'auteur choisit volontairement de rendre les lieux les plus abstraits possibles, avec une pièce d'entraînement à la caserne, une chambre et la seule vue extérieure, une planche tendue entre deux toitures d'immeubles. Tels des tableaux à l'atmosphère laiteuse, il compose des plans lumineux et aériens. Un film aux allures inattendues, troublant autant qu'attachant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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