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PELLEAS ET MELISSANDE

Un film de Philippe Béziat

Une sublime plongée sensorielle

Le metteur en scène Olivier Py et le chef d’orchestre Marc Minkoswki s’associent pour monter la première représentation de l’opéra Pelléas et Mélisande à Moscou. Avec trois chanteurs français, ils dirigent des musiciens, des chanteurs et des techniciens russes que l'œuvre de Claude Debussy étonne et fascine...

Le film de Philippe Béziat surprend. Tourné pendant les deux semaines qui ont précédé le Première du spectacle, il n’est ni un making-off des préparatifs, ni un documentaire pédagogique façon Arte. Il s’agit plutôt d’un voyage onirique à travers la singularité de la musique française, et plus particulièrement de celle de Claude Debussy. Il faut savoir que “Pelléas et Mélisande” est l’unique opéra composé par le musicien, et certainement l’une de ses œuvres les plus énigmatiques.

Au fil des répétitions, le film révèle le défi que représente la création d’un opéra inédit dans un pays comme la Russie, qui place la musique et le lyrisme au cœur de son identité artistique, mais qui offre des conditions de travail nettement moins avantageuses qu’en France. La finesse de Béziat tient dans la double lecture, à la fois humaine et artistique, qu’il fait de cette rencontre. En effet, au-delà des contraintes inhérentes à une collaboration internationale, c’est surtout un choc culturel que subissent français et russes dans cette découverte commune du chef d'œuvre de Debussy.

Mais la principale force du film réside dans sa puissance sensorielle. Grâce à un montage habile mêlant séquences de répétition des chanteurs en civil, commentaires des créateurs en voix off, images sur scène en costume, témoignages des musiciens sur leur lieu de vie et préparatifs techniques, le film dévoile les facettes du spectacle et le ressenti des artistes. Tout contribue à recréer l’étrangeté et la puissance évocatrice de l'œuvre : les plans fixes sur les chanteurs et figurants en pleine interprétation scénique, qui jouent leur partie en silence tandis que l’oeuvre est chantée hors champs, les travellings qui s’opposent au coulissement des décors et dont le minimalisme et la froideur accentuent la gravité, les cadrages tour à tour très larges et très serrés, qui captent avec grâce l’investissement physique et psychologique des artistes, et bien sûr la musique envoûtante de Debussy, qui retentit bien au-delà du film.

Sublime et hypnotique, “Le chant des aveugles” offre une seconde vie à l'œuvre de Debussy et emmène le spectateur non initié dans un voyage sensoriel qu’il n’est pas près d’oublier. Quant au passionné d’opéra, il ne s’en remettra pas.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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