Parce qu'on en a jamais assez !

PARTY GIRL

Joli portrait de femme libre

Entraîneuse dans un cabaret (ou club de strip-tease) où elle dansait autrefois, Angélique, 60 ans, se retrouve face à une décision cruciale lorsque l'un de ses réguliers, Michel, lui propose de l'épouser. Tentée par l'aventure, elle se laisse convaincre et décide d'impliquer ses quatre enfants, dont celle qu'elle fut contrainte d'abandonnée jadis à la DDASS...

Pas facile d'écrire sur sa propre mère. C'est pourtant ce qu'a tenté Samuel Theis, qui co-signe le scénario de ce touchant portrait, tout en le co-réalisant avec ses deux compères Marie Amachoukeli et Claire Burger, et en confiant le rôle principal à celle-ci. Un pari gagnant, grâce à une mise en scène mosaïque, capturant moments intimes, échanges familiaux, doutes et espoirs, leur aura valu à tous trois de remporter la Caméra d'or au dernier Festival de Cannes.

À travers une histoire peu convenue, mêlant volontairement un aspect documentaire à une narration éclatée, c'est le portrait d'une mère solitaire, libre et parfois cruelle, qui se dessine peu à peu. Racontant avec envie dans les yeux la déclaration qui lui a été faite, discutant de ses doutes avec son fils (la magnifique scène dans la voiture...), cette femme nous donne à voir la famille qui s'est construite malgré tout autour d'elle. Et surtout permet de cibler le lien qu'elle n'a su construire avec celle qu'elle a jadis abandonnée.

Sans angélisme ni apitoiement, on découvre donc son entourage, qui prend sa tendresse de plein fouet autant que ses colères (il)légitimes. Avec un certain humour, le scénario souligne les contradictions de cette femme, « interprétée » par la formidable Angélique Litzenburger, qui se décrit elle-même comme « un papillon de nuit ». Elle a eu tant d'hommes, pourquoi devrait-elle en choisir un ? Elle a tant de bagues qu'on lui demande laquelle est celle des fiançailles. Enfermée et pourtant libre dans ses habitudes (son club, les lieux de danse...), son envie de vivre est aussi palpable que son refus de vieillir.

Réaliste, finement écrit, "Party Girl" montre la complicité avec les enfants et l'indépendance farouche de cette femme, au travers des moments de partage d'émotions (les discours des enfants lors du banquet, les retrouvailles avec la plus jeune...). Mais le vieillissement tant redouté pointe aussi son nez (l'altercation avec le marin dans le bar...), rappelant la belle à sa réalité, sans pour autant porter un jugement sur ses propres décisions. Cruelle, cette fable doucereuse vous marquera pour longtemps.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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