Parce qu'on en a jamais assez !

PAR SUITE D'UN ARRET DE TRAVAIL...

Les affres du hasard...

Un homme d'affaire qui doit se rendre à Rome pour la signature d'un contrat, se retrouve bloqué à Paris du fait de grèves dans les aéroports, puis dans les gares. Il rencontre un autre passager en péril, bien plus zen que lui, à qui il propose de faire la route ensemble en voiture...

Joli film que « Par suite d'un arrêt de travail... », sous entendu « d'une catégorie du personnel... », oeuvre volontairement provocatrice, qui questionne forcément, non pas sur le droit de grève, mais sur le droit à vivre autrement et à refuser un système. Car sous ses allures de comédie qu'on pourrait qualifier de Buddy Movie, puisque le réalisateur a mis ici face à face deux hommes à la conception radicalement différente de la société et de la vie, quasi contraints de faire la route ensemble: l'un, cadre chargé d'une fusion, l'autre, bon vivant, d'apparence toujours optimiste, mais un peu menteur.

Leur périple, puisqu'il s'agit aussi d'un road movie, leur fera rencontrer quelques personnages de la France profonde, des routiers en colère, des infirmières râleuses, mais permettra de relativiser le caractère polyvalent du personnage de Berling, au contact d'une de ses anciennes proches. Peut-on refuser le conformisme sans faire du mal à ses proches ? Peut-on tourner le dos à la société sans s'enfuir tout simplement, et passer pour un monstre d'égoïsme? Le duo Berling / Timsit fonctionne à merveille, des bons mots du premier, un semblant décalé, jusqu'aux mystères du second, pas si inconscient de sa situation, et plutôt débrouillard.

De leurs échanges se dégage une réjouissante mauvaise humeur teintée d'éclair de liberté retrouvée. De leurs parcours s'échappe une étrange poésie, du fameux saut impossible d'un canal ombragé, aux chants irréels dans des alpages lumineux. D'autant que le réalisateur ponctue leur périple de multiples images de grèves (étudiants, routiers, fonctionnaires...), montrés comme de festifs interludes, dont finalement on se fout royalement, puisque n'empêchant personne d'avancer. Tout cela contribue à dédramatiser la situation d'une société qui crève de ses peurs et à questionner chacun sur sa part de liberté, ses vérités (ah l'idée du « Je sais tout » !), et sur la part du hasard dans ce qui nous arrive. Un film salvateur face à la névrose ambiante, dont le ticket d'entrée devrait être remboursé par la sécu.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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