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LES OPPORTUNISTES

Un film de Paolo Virzì

Italian beauty (enfin, façon de parler…)

Près du Lac de Côme en Italie, deux familles ont comme seul et unique lien une obsession absolue pour l’argent : d’un côté celle de la richissime Carla Bernaschi, et de l’autre, celle de Dino Ossola, un agent immobilier au bord de la faillite. Un accident, la veille de Noël, va brutalement changer leurs destins…

Le lac de Côme n’est pas seulement l’un des lieux privilégiés des stars planétaires qui aiment y faire bâtir leur résidence secondaire (George Clooney en sait quelque chose), c’est surtout un territoire qui transpire le luxe au moindre km². Cadrés avec un vrai soin esthétique, les superbes décors des "Opportunistes" (titre français assez idiot pour "Il capitale umano" : « le capital humain ») en donnent déjà une certaine idée dès les premiers plans du film sans pour autant en faire des éléments narratifs à part entière. À vrai dire, une fois le visionnage achevé, on se demande même ce qu’il faut tirer de ce film, pourtant nanti d’une réputation élogieuse (il suffit de voir la razzia qu’il a effectué aux derniers Donatello, équivalent italien des César). Ce qui cloche se résume très simplement à son scénario, construit sous la forme d’une narration chapitrée à la "Rashomon" où trois points de vue différents d’un même contexte finissent par se rejoindre dans une scène-clé (ici, un accident de la route). Bonne idée en soi, mais quand on voit la pauvreté absolue des enjeux, il y a de quoi se sentir arnaqué.

Trois trajectoires de l’échec sont ici décrites : un agent immobilier en difficulté qui se confronte à l’échec d’un placement financier très risqué, une femme riche démoralisée par l’échec de son projet de gestion d’un théâtre, une jeune fille confrontée à l’échec d’une relation amoureuse qui va faire basculer le destin de sa famille et celui de son petit ami. Bref, trois tentatives d’émancipation avortées, avec l’argent comme vecteur matérialiste qui pourrit les relations humaines et sociales, un peu comme Steve McQueen (avec "Shame") ou Sam Mendes (avec "American Beauty") l’avaient déjà exploré il y a quelques années, chacun à leur manière. Le hic, c’est qu’on peine à trouver la moindre stimulation dans le découpage scénique de Paolo Virzi. Comme cadenassé par son sujet et la composition de ses cadres, le cinéaste n’intègre aucun dynamisme dans sa mise en scène, filme ses acteurs comme des coquilles vides et robotisées dont le jeu se limite parfois à tourner la tête, brise chaque amorce de tension par une gestion mal calculée des enjeux (on les devine en permanence avant qu’ils ne soient révélés) et rate en beauté sa scène finale, là encore prévisible à plus d’un titre.

Outre le leitmotiv extrêmement lourdingue de deux voitures qui se frôlent en sens inverse sur une route étroite (tout l’enjeu du scénario tourne autour de cela), il faut aussi se farcir un musée entier de clichés sur pattes. Spécimen n°1 : le commerçant en faillite qui, sous prétexte qu’il a assuré au tennis en compagnie d’un riche homme d’affaires, s’imagine que celui-ci va l’aider (la scène où il dérange une réunion pour cause de tennis annulé est profondément gênante). Spécimen n°2 : l’épouse riche qui perturbe son chauffeur à force de ne pas savoir si elle doit aller s’acheter des rideaux, des chaussures ou des antiquités (et dont la scène de sexe avec son amant sur fond d’opéra lyrique est d’un grotesque absolu). Spécimen n°3 : le fils aisé en pétard contre sa mère prise en flagrant délit d’adultère et contre sa copine qui le délaisse. Des opportunistes, oui, mais qui ne fascinent jamais. Des êtres maudits, oui, mais dont on se désintéresse complètement. Un film léché, oui, mais en aucun cas dérangeant.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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