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ONE ON ONE

Un film de Kim Ki-duk

Justice par la torture

Une écolière est isolée dans une ruelle peu éclairée par plusieurs hommes, puis étouffée avec du ruban adhésif. Quelques mois plus tard, un homme de mains est kidnappé par de prétendus opposants au régime communiste. Habillés en militaires, ils exigent de lui des aveux par écrit...

Gagnant miraculé du Lion d'or deux ans plus tôt avec « Pieta », le Coréen Kim Ki-Duk est revenu en 2014 présenter son dernier film au Festival de Venise, mais cette fois-ci en ouverture des Venice days (les Journées des auteurs). « One on one » est le récit implacable d'une vengeance, un groupe de personnes recherchant le ou les coupables du meurtre, et faisant subir à chaque nouvel échelon de responsabilité, des tortures pas toujours maîtrisée. Car se faire justice soi-même interroge forcément sur la part de mal que l'on porte en soi, et le fait d'adhérer à une cause peut rapidement avoir des limites.

Après la très réussie scène d'ouverture (l'assassinat de la fillette), « One on one » déroule le récit complexe d'une série d'enlèvements, jouant de l'effet de surprise et dévoilant peu à peu les motivations des kidnappeurs. Le côté improvisé et amateur de ces personnages fournit au film son quota d'humour noir, Kim Ki-Duk ne manquant toujours pas d'imagination quant aux tortures infligées (arme maison en forme de bâton bardé de clous, pieds dans un étau, matraque dans les burnes, usage de l'électricité, voire même d'un masque à gaz avec musique intégrée...). Au fil de la séquestration des sept acteurs du meurtre, l'auteur convoque la figure du bourreau, mais aussi celle du traître.

Au final la violence des tortures ne laissera de répit au spectateur que dans les moments où le réalisateur s'attarde sur les vies privées de chacun. Et « One on one » constitue un film efficace, doté d'un fond politique certain sur l'état d'un système profondément corrompu, où les différences de revenus grandissantes sont patentes, et la notion de morale s'estompe face à l'insoutenable. Viscéral.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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