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OMAGH

Un film de Pete Travis

Les chiens de guerre

Omagh, une bourgade frontalière tranquille d'Irlande du Nord. Une branche dissidente de l'IRA (Irish Republic Army), opposée au processus de paix. Une rue commerçante à l'heure de pointe, lieu d'un attentat terroriste, une voiture piégée explose: 150 victimes. L'apocalypse déferle et la tension culmine ; Michael Gallagher, mécanicien, part à la recherche de son fils. En vain. Un silence étouffant pèse sur le gymnase où les corps sont entreposés. Michael Gallagher (Gerard McSorley) repart, le visage blafard, annoncer la nouvelle au reste de sa famille. Les familles des victimes se réunissent et, bientôt, le modeste mécanicien deviendra le porte-parole de leur douleur, de leur incompréhension...

Pete Travis, le réalisateur, s'intronise lui aussi porte-parole du peuple irlandais en retraçant cette histoire vraie pour un film épuré de toute musique, de tout effet mélodramatique facile, et ne s'attardant sur la souffrance psychologique que pour appuyer ses effets et marquer l'indicible besoin de connaître l'identité de ceux qui ont ravagé leur vie. Omagh est l'histoire de ces familles qui depuis trente ans voient le visage des bourreaux sans pouvoir les atteindre dans leur liberté, protégés par l'insultante impunité que leur confère l'incapacité des polices anglaise et irlandaise à coordonner leurs efforts.

L'association des familles de victimes mènera une enquête parallèle, au résultat des plus troublants. On apprend grâce au film de Pete Travis que l'IRA a des représentants au statut quasi diplomatique, que Omagh est une tragédie parmi tant d'autres, que la médiatisation est une arme à double tranchant : l'IRA fait passer son message, et les images et discours inlassablement ressassés détruisent les noyaux familiaux. Dommage, au final, que Pete Davis ne se contente que de la linéarité de cette histoire pour y poser ses images, caméra à l'épaule.

Les dialogues eux aussi auraient gagné en puissance s'ils avaient été davantage travaillés car les paroles demeurent simplistes, parfois maladroites, et l'issue des situations se devine aisément. Reste un casting irréprochable qui, à lui seul, confère au film toute sa noblesse de propos, et restitue à merveille le témoignage des atrocités vécues et l'omniprésente incompréhension. Sans prendre partie ni pour la communauté catholique, ni pour la communauté protestante (la religion reste d'ailleurs à l'écart du propos) mais en filmant les Irlandais du Nord et du Sud comme des frères tentant de se réunir dans le deuil, le film ne rate pas sa critique de l'Angleterre. Omagh ne fait pas l'éloge du pardon mais réussit toutefois à éviter le manichéisme en laissant libre cours à nos interprétations...

Le Quotidien du cinémaEnvoyer un message au rédacteur

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