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L'ODYSSÉE DE PI

Un film de Ang Lee

L'envie de croire

Un romancier en panne d'inspiration rencontre un Indien émigré au Québec, qui aurait une histoire incroyable à raconter. Il s'agit de celle du jeune Pi, été élevé dans le zoo familial à Pontdicherry, dans l'Inde française des années 40-50. Sa famille ayant choisi d'émigrer au Canada, elle embarque avec les animaux sur un bateau qui fera bientôt naufrage. Rescapé sur un bateau de sauvetage, il découvre qu'il n'est pas seul, puisque figurent dans l'embarcation un zèbre, une hyène, un tigre, et bientôt un orang-outan...

Ang Lee est décidément un réalisateur surprenant. Le metteur en scène taïwanais adopté par Hollywood est en effet aussi à l'aise dans le film en costumes, qu'il soit situé dans l'Angleterre victorienne (« Raison et sentiments ») ou rattaché à la Guerre de Sécession (« Chevauchée avec le diable »), que dans les drames sociaux contemporains, abordant la filiation (« Salé sucré »), le deuil (le brillant « Ice storm »), ou l'homosexualité (« Garçon d'honneur » ou le bouleversant « Secret de Brokeback Mountain »). Mais il est aussi capable de vraies surprises formelles et spirituelles, tel son film d'arts martiaux « Tigre et dragons », succès surprise international en langue non-anglaise. Le voici qui récidive donc, avec un film mêlant anglais, tamoul, et français, adapté du roman de Yann Martel, véritable surprise de cette fin d'année et prétendant annoncé aux prochains Oscars, ceci depuis le dernier festival de New York, dont il a fait l'ouverture.

Ang Lee montre encore une fois sa capacité à créer un récit d'apparence simple, mais aux lectures multiples. À la fois conte pour enfants, « L'odyssée de Pi » se double d'un stupéfiant récit sur la capacité de survie de l'homme, d'une approche de la bestialité de l'humain, et de l'impossibilité de projeter sur un animal sauvage un lien relationnel de nature humaine (l'amitié). Mais le film s'offre aussi une résonance mystique, puisqu'il interroge la croyance de chacun, faisant un clair parallèle avec la genèse des saintes écritures, et la préférence naturelle de l'homme pour les allégories et paraboles, plutôt que pour la crue et épouvantable réalité. Ce niveau de lecture, un peu trop décrypté sur la fin pour certains, déclenche alors cependant une soudaine et profonde émotion.

Débutant ses premiers flash-back par le récit de l'enfance de Pi Patel, le récit a des allures magiques, assumant les aspects nostalgiques d'une époque où l'Inde s'était récemment retrouvée indépendante, et déroulant une action dans des lieux où l'architecture ressemble à la Côte d'Azur française, mais où l'on parle désormais anglais. L'humour sympathique déclenche immédiatement l'empathie pour le gamin, dont on suivra ensuite les aventures de naufragé. Il faut dire que la maline explication de l'origine du prénom du héros est savamment illustrée.

Pour autant « L'odyssée de Pi » n'est pas une comédie et l'action prend rapidement le dessus sur les petites histoires d'apparence anecdotiques. On soulignera alors la performance technique époustouflante, qui fait succéder à une scène de naufrage bien plus chaotique que celle de « Titanic »; une incroyable première scène sur caneau de sauvetage, durant plus de 30mn et laissant découvrir les survivants et l'esquisse de leurs relations de rivalité, de territoire ou de chasseur-proie... Cela permet une installation efficace du duel qui suivra, l'homme tentant de devenir « collaborateur » de celui qu'il ne saurait tuer, animal en qui il voudrait naturellement voir un équivalent à l'être « humain » qu'il est.

Les effets spéciaux sont simplement subjuguants. Si l'animatronic semble un rien trop voyante lors de la première apparition du tigre, dans un couloir du zoo, l'effet est vite oublié grâce aux nombreuses scènes sur le bateau de secours ou le radeau, d'une fluidité confondante. « L'odyssée de vie » se révèle progressivement une leçon de survie passionnante, avec ses moments d'humour, qui n'hésite pas à jouer avec la beauté de la nature (la baleine, les poissons volants...) et à aligner les paraboles, jusque dans ce qui pourrait être les délires d'un mourant... Un film à voir en famille, en évitant cependant d'y emmener les moins de 10 ans.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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