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NOUVEAU SOUFFLE

Un film de Karl Markovics

Vivre en apnée

Roman est incarcéré dans un centre de détention pour mineurs. Rebelle et distant, il peine à trouver un emploi de réinsertion et se résigne à accepter une place aux pompes funèbres municipales de Vienne. Un jour, il doit transporter un corps qui porte le même nom de famille que sa mère. Cela provoque un déclic chez le jeune garçon qui tente alors de retrouver cette femme qui l’a abandonné quand il était enfant...

L’histoire de Roman est profondément sombre. Piégé très jeune dans un système qui ne veut pas de lui, il est contraint de côtoyer la mort dès la sortie de l’adolescence. Une destinée qui ne laisse aucune part à l’épanouissement et au bonheur. Pourtant Roman est vivant et il faudra cette étiquette, accrochée à un cadavre, pour éveiller chez lui l’instinct de survie qui va le sortir de cette fatalité qui l’étouffe. « Nouveau souffle », vous l’aurez compris, est un film grave qui peut déconcerter par la noirceur sans appel de son sujet. Pourtant, Karl Markovics
 (dont c’est le premier film) ne sombre pas dans le misérabilisme redondant. Sa mise en scène, appliquée, filme le réel en se concentrant sur l’essentiel : Roman.

Justement interprété, le quotidien du jeune homme est disséqué. Les silences, les regards, la routine de ses journées glacées à nettoyer les cercueils, suffisent à poser toute la détresse contenue du personnage. Son seul exutoire il le trouvera dans les profondeurs de la piscine ou il nage compulsivement, l’essoufflement étant paradoxalement sa seule bouffée d’oxygène, la preuve physique qu’il est bel et bien vivant. Sans lyrisme, ni artifices, le réalisateur pose une à une les pièces de la reconstruction de Roman. Le décor est toujours aussi sombre mais les murs tombent et Roman peut petit à petit respirer.

Voilà un film beaucoup moins difficile d’accès qu’il n’y paraît, tant il est réel, au style que l’on pourrait facilement comparer à celui des frères Dardenne, dans son approche presque documentaire mais néanmoins sensible d'un destin marqué par la cruauté humaine. Un film parfaitement maîtrisé qui souligne les talents plus que prometteurs de Karl Markovics, réalisateur (jusqu’ici comédien) et de Thomas Schubert, acteur dont le seul regard suffit à exprimer toute la rage accumulée par l’orphelinat et la prison.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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